ANGLE DOMINANT
Paris décrypte le virage colombien comme le signe d'une recomposition profonde de l'Amérique latine, portée par la promesse sécuritaire et l'alignement sur Washington, dans un pays que la violence des groupes armés a épuisé.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Abelardo de la Espriella élu avec 49,7 % des voix contre 48,7 % pour Ivan Cepeda — écart d'un point selon les résultats préliminaires officiels (41 millions d'électeurs).
- 02
Donald Trump a salué la victoire sur Truth Social (« Il a gagné, et haut la main ») ; Marco Rubio a évoqué une coopération sécuritaire et économique avec Bogotá.
- 03
Ivan Cepeda conteste les résultats de 33 000 bureaux de vote ; des manifestants ont brûlé des drapeaux américains à Cali, dispersés au gaz lacrymogène.
ANALYSE
Paris, 22 juin 2026. Un point d'écart. C'est la marge infime — 49,7 % contre 48,7 % — par laquelle Abelardo de la Espriella a remporté dimanche le second tour de la présidentielle colombienne face au sénateur de gauche Ivan Cepeda, selon les résultats préliminaires officiels. Quarante et un millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dans un pays marqué par six décennies de conflit armé interne et une résurgence récente de la violence des groupes armés liés au narcotrafic.
Derrière un vitrage pare-balles, vêtu du maillot de football de la Colombie — uniforme de campagne devenu symbole —, le président élu a célébré devant des milliers de partisans réunis à Barranquilla le début d'une « nouvelle ère ». Il prendra ses fonctions le 7 août, pour un mandat de quatre ans. Sa victoire a été immédiatement saluée par Donald Trump, qui a publié sur Truth Social une photo de l'élu accompagnée du message : « Il a gagné, et haut la main. » Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a, lui, évoqué sur X une future collaboration « en matière de sécurité », pour « mettre fin à l'immigration clandestine vers les États-Unis » et « renforcer nos liens économiques ».
La presse française souligne unanimement la trajectoire fulgurante de cet avocat de 47 ans, homme d'affaires novice en politique, que La Tribune comparait encore il y a quelques semaines au président salvadorien Nayib Bukele : jet privé, montres de luxe, domaine viticole en Toscane, mais discours ultrasécuritaire. Admirateur déclaré de Bukele, de l'Argentin Javier Milei et de Trump, de la Espriella a bâti son ascension sur une promesse radicale : poursuivre « sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République ».
La campagne s'était déroulée dans un contexte de haute tension — attentats à la bombe attribués à la guérilla, assassinat d'un candidat à la présidence. France 24 et RFI insistent sur la fragilité du résultat : Ivan Cepeda a refusé de concéder la défaite, annonçant qu'il contesterait les résultats de 33 000 bureaux de vote dans l'attente du dépouillement final.
La Colombie rejoint ainsi l'Argentine, le Chili et l'Équateur dans un basculement à droite de l'Amérique latine que la presse française qualifie de tendance de fond. Le Monde et BFMTV rappellent que les dirigeants de ces pays, alignés sur Washington, ont rapidement félicité le président élu. Mais l'image n'est pas univoque : à Cali, troisième ville du pays, des manifestants ont brûlé des drapeaux américains et affronté les forces antiémeutes, dispersées au gaz lacrymogène.
SOURCES (6)
- HuffPost FranceMOYEN
- BFMTVMOYEN
- La TribuneMOYEN
