ANGLE DOMINANT
Mexico décrypte le retour du fujimorisme au Pérou à travers un prisme divisé : données chiffrées d'une victoire étriquée pour la presse économique, condamnation nette de l'héritage autoritaire paternel pour la presse progressiste.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Keiko Fujimori a obtenu 50,135 % des suffrages (9 223 396 voix) contre 49,865 % pour Roberto Sánchez, avec un écart de 49 641 voix sur 100 % des actes comptabilisés par l'ONPE
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Roberto Sánchez refuse de reconnaître la victoire, invoquant une fraude sur les votes de la diaspora péruvienne à l'étranger, sans présenter de preuves selon El Financiero
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L'éditorial de La Jornada rappelle la stérilisation forcée de plus de 270 000 femmes sous le premier gouvernement Fujimori et le recours de Keiko à une majorité parlementaire pour faire annuler ses procès Lava Jato
ANALYSE
Mexico City, 1er juillet 2026. Vingt-deux jours après le second tour du 7 juin, l'Office national des processus électoraux (ONPE) du Pérou a clôturé le décompte à 100 % des actes : Keiko Fujimori remporte la présidentielle péruvienne avec 50,135 % des suffrages — 9 223 396 voix — contre 49,865 % pour le progressiste Roberto Sánchez, qui en recueille 9 173 755. L'écart de 49 641 bulletins fait de ce scrutin la troisième élection présidentielle consécutive au Pérou à se décider par moins de 50 000 voix.
La presse mexicaine accuse réception du résultat avec des registres très différents. El Informador et El Financiero s'en tiennent aux faits : proclamation officielle prévue par le Jurado Nacional de Elecciones (JNE) le 3 juillet, remise des accréditations le 15, investiture le 28 juillet au Parlement pour la Fête nationale. C'est La Jornada qui impose le ton le plus saillant, avec un éditorial intitulé "Fujimori : catastrophe andine", qualifiant la victoire de "tragédie difficile à exagérer pour le pays andin".
L'éditorial revient longuement sur le premier gouvernement Fujimori (1990-2000), durant lequel plus de 270 000 femmes — en majorité indigènes, paysannes et quechuaphones — ont été stérilisées de force. Keiko, alors première dame, n'a jamais condamné ces faits ; elle affirme au contraire que son père est "le meilleur président de l'histoire du Pérou". Le texte souligne également que lorsqu'elle a été mise en examen dans le cadre du scandale Lava Jato (affaire "Cocteles"), elle a utilisé sa majorité parlementaire pour nommer des juges favorables, lesquels ont annulé l'ensemble des procédures.
La légitimité du résultat est aussi disputée. Roberto Sánchez refuse de reconnaître la victoire de Fujimori et réclame l'annulation des votes de la diaspora péruvienne à l'étranger — ceux-là mêmes qui ont fait basculer le résultat, Keiko étant arrivée en tête hors du territoire national tandis que Sánchez dominait à l'intérieur. El Financiero précise que ces accusations de fraude n'ont été étayées d'aucune preuve et que les recours du candidat progressiste ont été rejetés.
Le contexte structurel péruvien est rappelé. El Financiero signale que plus de 70 % des électeurs n'avaient choisi aucun des deux finalistes au premier tour. Le Pérou a connu huit présidents en moins d'une décennie, dans un cycle de confrontations exécutif-Parlement qui a laissé 50 manifestants morts entre 2022 et 2023. Pour Fujimori, c'était la quatrième candidature : elle avait perdu en 2011 face à Humala, en 2016 face à Kuczynski et en 2021 face à Castillo.
