ANGLE DOMINANT
Le Nigéria retient surtout le silence d'Uber envers ses chauffeurs : douze ans de présence effacés en un communiqué, sans plan de transition, pendant que le syndicat AUATON dénonce un modèle « exploiteur » et que Bolt promet de rester.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Uber supprime environ 3 300 postes dans le monde, près de 10 % de ses effectifs, tout en quittant immédiatement le Nigeria et l'Ouganda après douze ans de présence.
- 02
Le syndicat AUATON dénonce un départ « sans plan de transition » et accuse Uber d'avoir institutionnalisé un modèle jugé exploiteur, copié selon lui par Bolt et inDrive.
- 03
Bolt, entré au Nigeria en 2016, annonce rester et renforcer ses opérations, laissant le marché à trois plateformes majeures : Bolt, LagRide et inDrive.
ANALYSE
Lagos, 3 septembre 2026. Après douze ans de présence, Uber a annoncé mercredi la fin immédiate de ses activités au Nigeria et en Ouganda, dans le cadre d'une restructuration mondiale supprimant environ 3 300 postes, soit près de 10 % de ses effectifs. Le communiqué transmis aux clients ne donne aucune raison locale précise : « Après un examen approfondi de notre activité, nous avons pris la décision difficile de mettre fin à nos opérations au Nigeria, à compter du 2 septembre 2026 », écrit l'entreprise, qui promet un centre d'aide ouvert jusqu'au 23 septembre pour les derniers comptes clients.
La presse nigériane retient d'abord l'absence de préavis aux chauffeurs. Le syndicat AUATON (Amalgamated Union of App-Based Transporters of Nigeria) dénonce un départ « unilatéral et soudain, sans plan de transition ni considération pour les milliers de chauffeurs nigérians qui ont construit la plateforme ». Il affirme que « ce même modèle exploiteur a été copié par Bolt et inDrive » et prévient les deux plateformes : le jour où une application locale dotée d'une convention collective percera le marché, celles qui refusent le dialogue partiront à leur tour. Plus de 2 500 applications de VTC ont tenté de percer au Nigeria depuis l'arrivée d'Uber en 2014, selon les décomptes du syndicat ; la quasi-totalité ont disparu.
Sur le terrain, des chauffeurs racontent des commissions de 25 %, la hausse du carburant depuis la fin des subventions en 2023 et la dépréciation du naira qui rongeaient déjà leurs revenus. Plusieurs disent avoir basculé vers inDrive, dont la commission plafonne à 7,1 % en promotion. Bolt, entré au Nigeria en 2016, affirme au contraire rester : « Le Nigeria demeure un marché important pour Bolt, et nous y restons fermement engagés », déclare Teddy Appa-Dankyi, directeur Afrique de l'Ouest. Un conseiller de l'opposant Atiku Abubakar impute le départ à l'inflation et à l'instabilité du naira sous le gouvernement Tinubu, qualifiant le pays de « cimetière des affaires ».
Les 3 300 suppressions, elles, sont mondiales : Uber dit vouloir financer « l'avenir de la conduite autonome », un chantier de plus de 10 milliards de dollars de partenariats robotaxi — loin des soucis immédiats des chauffeurs lagotiens, qui doivent désormais chercher une nouvelle plateforme pour continuer à travailler. Uber précise que le retrait ne concerne que le Nigeria et l'Ouganda, sans affecter son engagement ailleurs en Afrique subsaharienne.
SOURCES (3)
- BusinessDay NigeriaMOYEN
- Daily Post NigeriaMOYEN
- NairametricsMOYEN
