ANGLE DOMINANT
Madrid mesure la fragilité de la percée suisse : un mémorandum en 14 points et une feuille de route de 60 jours qui vacille dès la première journée de mise en œuvre, entre retraits iraniens et menaces trumpiennes.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le mémorandum d'entente en 14 points a été signé le 17 juin ; la feuille de route de 60 jours vers un accord définitif a été actée à Bürgenstock via un communiqué conjoint du Qatar et du Pakistan.
- 02
La délégation iranienne a quitté la table des négociations après que Trump a menacé sur Truth Social de frapper l'Iran « très fort à nouveau, mais plus fort », et a affirmé sur Fox News que les Iraniens n'auraient « plus de pays » en cas de fermeture d'Ormuz.
- 03
Un Comité de haut niveau et plusieurs groupes de travail spécialisés (nucléaire, sanctions, application du mémorandum, Liban) ont néanmoins été créés, et JD Vance a qualifié les négociations d'« historiques ».
ANALYSE
Madrid, 22 juin 2026. La couverture espagnole des pourparlers de Bürgenstock alterne entre le récit d'une percée diplomatique inédite et le constat d'une négociation parcourue de secousses dès ses premières heures. Les journaux madrilènes dressent un tableau nuancé d'une journée historique qui a failli ne pas avoir lieu.
Le contexte structurel est rappelé avec précision : le mémorandum d'entente en 14 points a été signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, après plus de trois mois de conflit armé ouvert depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis avaient engagé les hostilités. C'est dans ce cadre que les délégations des deux pays se retrouvaient ce dimanche dans le complexe alpin de Bürgenstock, sur les bords du lac de Lucerne, avec le Qatar et le Pakistan comme médiateurs officiels.
La délégation américaine, conduite par le vice-président JD Vance, comprenait également l'envoyé spécial Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Donald Trump. En face, la partie iranienne était menée par le président du Parlement, Mohamed Baqer Qalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abás Araqchí. Vance a qualifié les négociations d'« historiques » lors d'une conférence de presse à laquelle l'Iran n'a pas participé, affirmant que les deux pays étaient prêts à « tourner la page » et à « transformer fondamentalement » leurs relations, sous condition que Téhéran renonce à ses ambitions nucléaires à long terme.
Mais la journée a vite pris une tournure chaotique. Selon la presse espagnole, la délégation iranienne a quitté la table des négociations après que Trump a publié sur son réseau Truth Social un message menaçant de frapper l'Iran « très fort à nouveau, exactement comme nous l'avons fait la semaine dernière, mais plus fort » si Téhéran ne maîtrisait pas ses « proxies ». Dans une interview à Fox News, Trump est allé plus loin, affirmant qu'en cas de fermeture d'Ormuz, les Iraniens « n'auraient plus de pays et ne pourraient même pas rentrer chez eux » — en référence apparente à l'équipe négociatrice présente en Suisse. La réponse iranienne est venue de Qalibaf lui-même, qui a minimisé les déclarations et assuré que les forces armées de son pays étaient « prêtes à répondre à toute action de Washington ».
Malgré cette rupture temporaire, les médiateurs qatari et pakistanais ont permis de maintenir un fil. Un communiqué conjoint a finalement annoncé la création d'un Comité de haut niveau chargé de superviser le processus, accompagné de groupes de travail spécialisés sur le programme nucléaire iranien, le levantamiento de sanctions et le contrôle de l'application du mémorandum, y compris un mécanisme dédié au cessez-le-feu au Liban. La hoja de ruta de 60 jours pour parvenir à un accord définitif a ainsi été formellement actée.
SOURCES (3)
- HuffPost EspañaMOYEN
- ElDiario.esMOYEN
- ExpansiónMOYEN
