La crise du GPL indienne, documentee depuis fin mars (The Hindu, Petroleum Planning and Analysis Cell), menace 330 millions de foyers ruraux qui dependent du gaz subventionne pour cuisiner -- environ un quart de la population. Le programme Pradhan Mantri Ujjwala Yojana, lance en 2016, est en tension : les stocks nationaux sont passes sous 22 jours de consommation au 15 mai contre 38 jours de norme. L'origine est la fermeture intermittente d'Hormuz et la suspension des livraisons iraniennes de GPL vers Mundra et Kandla.
En Indonesie, le rationnement carburant a ete formalise par decret presidentiel le 7 mars (Pertamina, Kompas). Au Pakistan, la hausse alimentaire a relance les emeutes urbaines de Karachi et Lahore (Dawn, Geo TV). Aux Philippines, six semaines de penurie kerosene ont conduit a la suspension partielle des vols domestiques sur Cebu et Davao (Inquirer, ABS-CBN, 17 avril).
La couverture des quatre capitales OTAN raconte une autre histoire. Le WSJ a publie quatre papiers en sept jours sur la crise kerosene europeenne : Lufthansa, 20 000 vols annules, plan d'urgence de la Commission, subventions francaises. Le FT a traite l'angle financier -- majors petrolieres et repricing du Brent. Le FAZ a couvert l'impact sur Frankfurt Airport. Le Nikkei a publie deux papiers sur la securite energetique japonaise sans mentionner les autres marches asiatiques. Le mot LPG n'apparait dans aucune une des quatre titres.
L'ecart de magnitude est significatif. 20 000 vols Lufthansa affectent quelques millions de passagers europeens sur trois mois. 330 millions de foyers ruraux indiens risquent un retour a la cuisson au bois, avec environ 600 000 deces annuels en Inde lies a la pollution de l'air interieur selon l'OMS.
Les depeches AFP et Reuters circulent, mais restent en pages secondaires des journaux OTAN, sans editorialisation. Le lecteur de Washington, Londres, Berlin ou Tokyo lit la crise comme un probleme europeen avec extension asiatique. Le lecteur de New Delhi, Jakarta, Manille ou Islamabad la lit comme une urgence quotidienne.