Tout le monde regarde le prix du baril. Personne ne regarde le prix de l'urée. Et c'est là que se joue la prochaine crise.
Roel Gaano gagnait 500 pesos par jour en conduisant son tricycle à San Francisco, Agusan del Sur. Depuis mars, il ne sort plus — le GPL est introuvable. Son histoire, racontée par Rappler, est celle de millions de travailleurs philippins. Mais elle n'est que le symptôme visible d'une crise qui menace 2 milliards de personnes.
Les chiffres que personne n'assemble
Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz fin février, 46% des exportations mondiales d'urée sont bloquées. Le prix a bondi de $482 à plus de $700 la tonne en trois semaines. Pour comparaison : en 2008, lors de la dernière crise alimentaire mondiale, l'urée avait atteint $825 la tonne — et 18 pays avaient connu des émeutes de la faim (Burkina Faso, Cameroun, Haïti, Égypte, Indonésie, Mexique...). Le seuil de 2008 sera dépassé d'ici fin avril si rien ne change.
Mais l'urée n'est pas du pétrole. Le pétrole, on peut rationner. L'urée, c'est binaire : soit les semis reçoivent l'engrais à temps, soit les rendements chutent. Il n'y a pas de demi-mesure.
PRIX DE L'UR\u00C9E (USD/TONNE)
Court terme — la crise énergétique (semaines)
Le même détroit bloque le pétrole et les engrais. Mais le pétrole se voit tout de suite — les prix à la pompe, les files d'attente, les rationnements. Les engrais, on ne les verra que quand les récoltes manqueront.
La crise énergétique frappe déjà :
