Ormuz bloque les engrais, pas seulement le pétrole — et la famine se prépare
|4 min
pkinbdphidvnsnmletegir
Tout le monde regarde le prix du baril. Personne ne regarde le prix de l'urée. Et c'est là que se joue la prochaine crise.
Roel Gaano gagnait 500 pesos par jour en conduisant son tricycle à San Francisco, Agusan del Sur. Depuis mars, il ne sort plus — le GPL est introuvable. Son histoire, racontée par [Rappler](/fr/sujets/guerre-entre-dans-cuisines-prix-etranglent-quotidien-20260401), est celle de millions de travailleurs philippins. Mais elle n'est que le symptôme visible d'une crise qui menace 2 milliards de personnes.
Les chiffres que personne n'assemble
Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz fin février, 46% des exportations mondiales d'urée sont bloquées. Le prix a bondi de $482 à plus de $700 la tonne en trois semaines. Pour comparaison : en 2008, lors de la dernière crise alimentaire mondiale, l'urée avait atteint $825 la tonne — et 18 pays avaient connu des émeutes de la faim (Burkina Faso, Cameroun, Haïti, Égypte, Indonésie, Mexique...). Le seuil de 2008 sera dépassé d'ici fin avril si rien ne change.
Mais l'urée n'est pas du pétrole. Le pétrole, on peut rationner. L'urée, c'est binaire : soit les semis reçoivent l'engrais à temps, soit les rendements chutent. Il n'y a pas de demi-mesure.
Court terme — la crise énergétique (semaines)
Le même détroit bloque le pétrole et les engrais. Mais le pétrole se voit tout de suite — les prix à la pompe, les files d'attente, les rationnements. Les engrais, on ne les verra que quand les récoltes manqueront.
La crise énergétique frappe déjà :
- Pakistan : 70-80% du pétrole importé du Golfe, 99% du GNL vient du Qatar et des Émirats. Réserves : 10-14 jours seulement. Le GPL a augmenté de 35% en un mois (voir notre analyse).
- Philippines : 95% du pétrole brut vient du Golfe. Réserves : 50-60 jours. L'état de calamité est déclaré dans la province d'Agusan del Sur.
- Indonésie : 37% du gaz et 30% du GPL importés du Golfe. Réserves : 23 jours. Le télétravail est imposé le vendredi.
- Vietnam : 49% du gaz et 70% du GPL du Golfe. Réserves : 30-45 jours.
La crise invisible est celle des engrais. L'Inde importe 7,17 millions de tonnes d'urée par an (chiffre 2025, en hausse de 120%). Plus de 70% viennent du Golfe — Oman fournit 46% à lui seul, l'Arabie Saoudite et les Émirats le reste. Tout transite par Ormuz.
La mousson du sud-ouest arrive au Kerala fin mai et progresse vers le nord jusqu'en juillet. Les semis de riz kharif — qui nourrissent 600 millions d'Indiens — doivent commencer en juin. Pour semer, il faut de l'urée. Or les cargaisons sont bloquées en mer depuis 5 semaines.
Un retard de 10 jours de l'approvisionnement réduit les rendements de riz de 78 kg/ha selon l'IGIDR. Un retard de 5 semaines est sans précédent.
L'Inde avait interdit ses exportations de blé en mai 2022 pour protéger son marché intérieur. Elle vient de lever l'interdiction en mars 2026 après une récolte record. Mais si les engrais n'arrivent pas, la prochaine récolte sera tout sauf record — et l'interdiction d'exporter reviendra.
La chaîne qui mène à l'Afrique
En 2021-22, l'Inde avait exporté 7-8 millions de tonnes de blé. Le Bangladesh en recevait 3,8 millions de tonnes — 50% des expéditions indiennes. Le Sri Lanka 548 000 tonnes, l'Indonésie 366 000 tonnes, les Philippines 352 000 tonnes.
L'Afrique est une destination plus récente : le Sénégal (500 000 tonnes sur 6 mois), le Mali (100 000 tonnes), la Gambie (50 000 tonnes) — des ventes gouvernement-à-gouvernement. Si l'Inde coupe ses exportations pour protéger sa population, ces pays n'ont aucune alternative à court terme.
La Carnegie Endowment (source) estime que 200 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire d'ici septembre. L'IFPRI (source) documente que la fermeture d'Ormuz a bloqué près de 50% des exportations mondiales d'urée. L'UNCTAD (source) alerte que les perturbations de la chaîne d'engrais se traduisent par des pertes de rendement 6-9 mois plus tard.
Pourquoi personne n'en parle
Les médias occidentaux couvrent le prix du baril ($127, +60% en mars). Ils ne couvrent pas le prix de l'urée ($700+, +50% en 3 semaines) parce que l'urée n'est pas cotée en bourse comme le Brent. Elle se négocie de gré à gré entre importateurs et exportateurs. Les données sont fragmentaires, les marchés opaques. Le résultat : une crise invisible jusqu'à ce qu'elle devienne une famine visible.
Les sujets « énergie », « Iran » et « Inde », traités séparément par tous les médias, sont en réalité une seule crise vue par trois fenêtres. Le pétrole fait les gros titres aujourd'hui. Les engrais feront les famines.
1
46%
Fermeture Ormuz (28 fév.) : des exports mondiales urée bloquées
de personnes vers insécurité alimentaire (Carnegie)
PARTAGEZ CETTE COMPARAISON
Montrez à vos proches comment le monde voit la même actualité différemment.
Contenu généré par IA — Les analyses sont produites par intelligence artificielle à partir d'articles de presse. Elles peuvent contenir des erreurs ou des biais. En savoir plus