ANGLE DOMINANT
Ottawa mesure l'exemple australien à l'aune de son propre projet de loi C-34 : alors que Canberra durcit ses amendes contre les plateformes, le Canada s'interroge sur l'efficacité réelle des interdictions face à l'éducation aux médias.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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L'Australie propose de porter les amendes maximales à 99 millions AUD (68 millions USD) pour les plateformes ne respectant pas l'interdiction des moins de 16 ans
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Le Canada a déposé le 10 juin 2026 le projet de loi C-34 (Loi sur les médias sociaux sûrs), qui interdirait les réseaux sociaux aux moins de 16 ans sans garde-fous réglementaires
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Malgré 5 millions de comptes désactivés depuis décembre, plus de 85 % des adolescents australiens de moins de 16 ans utilisaient encore les réseaux sociaux trois mois après l'interdiction (étude Université de Newcastle, 400+ participants)
ANALYSE
Ottawa, 29 juin 2026. Le renforcement australien des amendes contre les géants du numérique — portées à un maximum de 99 millions de dollars australiens (68 millions USD) pour les plateformes qui ne font pas respecter l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans — résonne avec une acuité particulière au Canada, qui vient tout juste de s'engager sur une voie similaire.
Le 10 juin, les libéraux ont déposé le projet de loi C-34, la Loi sur les médias sociaux sûrs. Ce texte interdirait aux moins de 16 ans de détenir des comptes sur les réseaux sociaux, sauf si les plateformes satisfont aux exigences d'un nouveau régulateur fédéral. Le texte couvre aussi les chatbots d'intelligence artificielle, avec un mécanisme d'exemption pour les entreprises justifiant de garde-fous adéquats.
L'urgence législative est amplifiée par des événements récents. En février, la fusillade de masse à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, a mis en lumière les risques d'une utilisation non encadrée des outils numériques, après qu'OpenAI eut confirmé avoir banni un compte ChatGPT appartenant au tireur sans en alerter les autorités.
Mais l'exemple australien lui-même illustre les limites des interdictions. Depuis l'entrée en vigueur du régime en décembre, plus de cinq millions de comptes ont été désactivés. Pourtant, une étude de l'Université de Newcastle portant sur plus de 400 adolescents révèle que plus de 85 % des moins de 16 ans déclaraient toujours utiliser les réseaux sociaux dans les trois mois suivants. Le premier ministre Anthony Albanese a reconnu que « les grandes technologiques ne font pas assez pour se conformer à la loi ».
C'est ce scepticisme qui nourrit le débat intérieur. Plusieurs voix s'élèvent contre C-34, notamment dans le National Post, où des lecteurs le qualifient de « substitution classique » — présenté comme protection de l'enfance, il restreindrait des libertés garanties par la Charte canadienne des droits. Pour ses détracteurs, Bill C-34 « n'est pas une protection, c'est un échec de l'éducation » : un adolescent déterminé peut contourner toute interdiction via un VPN. La littératie numérique développerait un jugement réel là où l'interdiction masque les problèmes.
L'Australie est désormais citée en exemple par plus d'une vingtaine de pays. Ottawa se retrouve dans une position inconfortable : légiférer vite au risque de reproduire les fragilités australiennes, ou peser davantage chaque option au risque de laisser des millions de jeunes Canadiens sans cadre légal.
