ANGLE DOMINANT
Paris dresse un bilan sévère du Brexit et retient avant tout le coût économique massif supporté par le Royaume-Uni, tout en notant l'amorce d'un rapprochement avec Bruxelles aussi tardif qu'inévitable.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le PIB britannique est inférieur de 6 à 8 % à ce qu'il aurait été sans le Brexit, selon les économistes de Stanford et de King's College London, représentant un manque fiscal annuel estimé entre 65 et 90 milliards de livres.
- 02
57 % des Britanniques estiment que le Brexit était une erreur (données agrégées YouGov), et 55 % se disent favorables à un retour dans l'UE sous conditions.
- 03
Les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l'UE ont reculé de 15 % malgré une dévaluation de la livre de 13 %, et la démission de Keir Starmer ce 23 juin fragilise le processus de rapprochement avec Bruxelles.
ANALYSE
Paris, 23 juin 2026. Le dixième anniversaire du référendum du Brexit coïncide, en ce lundi, avec un événement symboliquement lourd : la démission du Premier ministre travailliste Keir Starmer, qui avait fait du « reset » avec Bruxelles la colonne vertébrale de sa politique étrangère. Pour la presse française, cette conjonction résume l'ensemble du paradoxe britannique : une décennie à subir les conséquences du divorce, et une incapacité persistante à en tourner vraiment la page.
Sur le plan économique, le verdict est sans appel. Les économistes de l'Institut de politique économique de Stanford estiment que la sortie du marché unique et de l'union douanière a amputé le PIB britannique d'au moins 6 points de pourcentage. Jonathan Portes, professeur à King's College London, élève cette fourchette jusqu'à 8 % et souligne qu'il existe désormais « un consensus clair parmi les économistes sur le fait que le Brexit a causé des dommages significatifs ». À l'échelle budgétaire, le manque à gagner annuel est estimé entre 65 et 90 milliards de livres sterling, autant d'argent qui fait défaut au National Health Service et aux services publics.
Les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ont reculé de 15 %, malgré une dévaluation de la livre sterling de 13 % — dévaluation qui aurait dû, en théorie, doper les exportations britanniques. Les accords commerciaux conclus depuis 2020 avec des pays tiers n'ont pas compensé ces pertes : celui signé avec l'Australie ne représenterait, selon les projections, que 0,06 à 0,10 % du PIB britannique. Les promesses du camp « Leave » sur les zones de pêche maîtrisées, la maîtrise de l'immigration ou le financement supplémentaire du NHS via les 350 millions de livres hebdomadaires qui n'iraient plus à Bruxelles se sont largement révélées illusoires.
L'opinion britannique a fini par trancher. Près de six Britanniques sur dix — 57 % selon les données agrégées par YouGov — estiment aujourd'hui que le Brexit était une erreur. 55 % se déclarent même favorables à un retour dans l'UE, à condition de retrouver les dérogations obtenues par David Cameron. Un retour à court terme reste néanmoins jugé irréaliste des deux côtés de la Manche.
Ce que la presse française retient avec intérêt, c'est la dynamique de rapprochement qui s'est enclenchée malgré tout. RFI souligne que le mot « réalignement » s'est imposé dans les discours officiels à Londres comme à Bruxelles. Ursula von der Leyen déclarait en février lors de la Conférence de Munich : « Dix ans après le Brexit, nos destins sont plus étroitement liés que jamais. » Mais les résultats concrets demeurent limités, et la démission de Starmer fragilise l'élan diplomatique engagé depuis juillet 2024.
SOURCES (5)
- 20 MinutesMOYEN
- La TribuneMOYEN
- BFM BusinessMOYEN
