ANGLE DOMINANT
Paris célèbre la deuxième Palme d'or de Cristian Mungiu en dix-neuf ans : la France revendique ce palmarès comme la preuve que le cinéma d'auteur européen résiste aux logiques de marché, malgré une cérémonie assombrie par les fractures du monde.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Cristian Mungiu devient le 10e cinéaste à remporter deux fois la Palme d'or, 19 ans après « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » (2007).
- 02
Sur scène, Mungiu a déclaré : « Les sociétés, aujourd'hui, sont fracturées et radicalisées. Ce film est un engagement contre toute forme de fondamentalisme. »
- 03
La cérémonie a été marquée par la polémique Canal+/Bolloré et un discours du réalisateur russe en exil Andreï Zviaguintsev exhortant Poutine à mettre fin aux massacres.
ANALYSE
Paris, 23 mai 2026. Le rideau du Grand Théâtre Lumière est tombé sur le 79e Festival de Cannes avec une Palme d'or qui résonne bien au-delà de la Croisette. Cristian Mungiu, cinéaste roumain de 58 ans, reçoit pour la deuxième fois la plus haute distinction du cinéma mondial pour « Fjord », son septième long-métrage. Il rejoint ainsi un cercle très fermé de dix réalisateurs à avoir bisé le trophée, aux côtés de Francis Ford Coppola et des frères Dardenne. Sa première Palme remonte à 2007, pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours ».
La presse française insiste sur la cohérence politique d'un palmarès « complètement à l'Est » selon L'Obs. « Fjord » raconte la famille Gheorghiu, père roumain et mère norvégienne, installée dans un village isolé d'un fjord. Quand leur fille arrive à l'école avec des blessures visibles, les soupçons de maltraitance s'abattent sur le couple. Mungiu y construit, sans réponse simple, un drame sur la tolérance, les dogmes religieux et les certitudes laïques — « une diatribe efficace contre les dogmes, qu'ils soient religieux ou laïcs », tranche Ouest-France.
Sur scène, le lauréat n'a pas esquivé l'état du monde : « Les sociétés, aujourd'hui, sont fracturées et radicalisées. Ce film est un engagement contre toute forme de fondamentalisme. » La maîtresse de cérémonie Eye Haïdara avait planté le décor : « Cette année, les films sont arrivés chargés du bruit du monde, celui des guerres passées et des guerres présentes. » Le Grand Prix du jury est allé au Russe en exil Andreï Zviaguintsev pour « Minotaur » — depuis la scène, il s'est adressé directement à Vladimir Poutine pour réclamer la fin des massacres.
La cérémonie a cependant été assombrie par une polémique française. La tribune « Zappons Bolloré ! » et les propos du directeur de Canal+, Maxime Saada, menaçant de listes noires, n'ont été évoqués que par allusion par la maîtresse de cérémonie et le cinéaste Emmanuel Marre. Le Monde note que la tension autour des médias et de la liberté de création a pesé sur les esprits, rappelant que Cannes n'est jamais imperméable aux rapports de force de l'industrie.
Au-delà du symbole, le palmarès dessine une ligne éditoriale nette : le jury présidé par le Sud-Coréen Park Chan-wook a primé des films issus de Roumanie, Russie, Allemagne, Espagne et Pologne — sans aucun lauréat américain. Pour la France, pays hôte et arbitre du goût cinématographique mondial, cette édition confirme que Cannes reste l'espace où la résistance du cinéma d'auteur trouve sa légitimité la plus éclatante.
SOURCES (4)
- France 24 ENMOYEN
- L'ObsMOYEN
- Ouest-FranceMOYEN
