ANGLE DOMINANT
Paris mesure, depuis la rue jusqu'au palais des congrès d'Erfurt, l'ampleur d'un tournant politique allemand : l'AfD revendique ouvertement le pouvoir tandis que des dizaines de milliers d'Allemands tentaient de la bloquer physiquement.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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La police a dénombré 31 000 manifestants à Erfurt le 4 juillet, les organisateurs de l'alliance « Résistance » en revendiquant 50 000 ; le congrès de l'AfD a néanmoins débuté à l'heure prévue.
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Alice Weidel et Tino Chrupalla ont été réélus coprésidents, Weidel plaçant ses partisans les plus radicaux aux postes clés ; l'AfD frôle 30 % dans les sondages allemands.
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Tino Chrupalla a annoncé depuis la tribune : « Nous allons gouverner, dans une région d'abord et toute l'Allemagne ensuite », visant notamment la région de Saxe-Anhalt en septembre 2026.
ANALYSE
Paris, 5 juillet 2026. Le congrès fédéral de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'est tenu à Erfurt, dans l'est du pays, samedi 4 juillet, malgré une mobilisation d'ampleur. La police a dénombré 31 000 manifestants – les organisateurs de l'alliance « Résistance » en revendiquent 50 000 –, mais le congrès a débuté à l'heure prévue : la plupart des délégués ont réussi à rejoindre le centre des congrès en dépit des blocages massifs des axes routiers.
Les manifestants, arrivés en convois de bus depuis plusieurs villes allemandes, ont investi les places du centre-ville et bloqué les accès à l'agglomération. Certains sont allés jusqu'à descendre en rappel depuis un pont autoroutier. L'alliance « Résistance » entendait empêcher physiquement la tenue du congrès. « Il est important d'envoyer un signal contre la dérive vers la droite », a déclaré à l'AFP Lene Krug, 19 ans, originaire de Gera, à sa toute première manifestation. « L'AfD est un parti antidémocratique qui diffuse la haine », a-t-elle ajouté. D'autres portaient des références directes à la période nazie : « 1933 à 1945 ne doit plus jamais se reproduire. »
Des milliers de policiers avaient été déployés pour l'occasion. Quelques échauffourées ont été signalées, mais les manifestations se sont globalement déroulées dans le calme. Andreas Horn, maire CDU d'Erfurt, avait rappelé la veille : « Exprimer des opinions est légitime (…) la violence et la casse ne le sont pas. »
À l'intérieur du palais des congrès, l'AfD affichait une tout autre ambiance. Les délégués ont reconduit Alice Weidel et Tino Chrupalla à la coprésidence du parti. Weidel a profité de l'occasion pour placer ses partisans les plus radicaux aux postes clés de direction. Son message depuis la tribune : « Nous faisons une politique pour les Allemands ; les autres agissent contre les intérêts de notre pays. »
Treize ans après sa fondation, l'AfD ne se contente plus d'opposition radicale. Le parti frôle 30 % dans les sondages et vise la région de Saxe-Anhalt lors d'élections prévues en septembre – ce qui constituerait une première pour l'extrême droite depuis 1945 en Allemagne. « Nous allons gouverner, dans une région d'abord et toute l'Allemagne ensuite », a lancé Tino Chrupalla depuis la tribune.
Cette ambition se heurte à un cordon sanitaire maintenu au niveau fédéral par tous les autres partis, qui refusent toute coalition avec l'AfD. Un défi structurel que le parti devra surmonter pour transformer ses scores dans les urnes en participation effective au pouvoir, les prochaines élections fédérales étant prévues dans trois ans.
