ANGLE DOMINANT
Paris mesure l'ampleur d'une catastrophe sanitaire annoncée : l'épidémie d'Ebola en RDC conjugue un virus sans vaccin, des infrastructures détruites et des coupes budgétaires qui ont vidé les centres de santé de leurs soignants.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Plus de 900 cas suspects et 101 cas confirmés d'Ebola en RDC au 24 mai 2026, selon le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus
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Le virus Bundibugyo en cause n'a ni vaccin ni traitement spécifique, avec un taux de létalité pouvant atteindre 50 %
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L'Africa CDC avertit que 10 pays africains sont désormais à risque, dont le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie et l'Éthiopie
ANALYSE
Paris, 24 mai 2026. Le chiffre est tombé dimanche soir sous la plume du directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus : plus de 900 cas suspects d'Ebola ont été identifiés en République démocratique du Congo, dont 101 confirmés en laboratoire. Le bilan du ministère congolais de la Santé publié la veille, samedi 23 mai, faisait état de 867 cas suspects et 204 décès probables — des chiffres qui évoluent d'heure en heure alors que la surveillance s'intensifie dans l'est du pays.
La particularité alarmante de cette flambée tient à la souche en cause. La RDC a déclaré le 15 mai une épidémie liée au virus Bundibugyo, une variante rare d'Ebola contre laquelle il n'existe aujourd'hui ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Son taux de létalité peut atteindre 50 %. Face à cette menace, l'OMS a rehaussé son niveau d'alerte sanitaire à « très élevé » le 22 mai, déclenchant une mobilisation internationale.
L'épicentre de l'épidémie se situe dans la province de l'Ituri, au nord-est du Congo, une région ravagée depuis des années par les groupes armés. Les rebelles AFC/M23, soutenus par le Rwanda, contrôlent des pans entiers du territoire, forçant médecins et infirmiers à fuir. Médecins Sans Frontières avait alerté avant même le début de l'épidémie : les structures de santé dans cette zone se trouvaient déjà dans des « conditions catastrophiques ».
À ce délabrement structurel s'ajoute une dimension politique explosive : les coupes massives dans les budgets d'aide internationale ont privé les communautés vulnérables des rares ressources sanitaires dont elles disposaient encore. L'ONG Physicians for Human Rights a résumé la situation en une formule lapidaire : « Un ensemble dévastateur d'urgences convergent. » Cette semaine, deux centres de santé ont été incendiés — l'un à Mongbwalu, l'autre à Rwampara — par des habitants en colère ou en proie à la méfiance. Dix-huit cas suspects ont profité de l'incendie du centre de Mongbwalu pour prendre la fuite.
L'onde de choc dépasse les frontières congolaises. L'Ouganda a confirmé trois nouveaux cas, et l'Africa CDC a mis en garde samedi : dix pays africains supplémentaires sont désormais « à risque » — parmi eux le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l'Éthiopie, le Soudan du Sud, le Burundi, l'Angola, la Centrafrique, la Zambie et le Congo-Brazzaville. Presque tous sont limitrophes de la RDC ou de l'Ouganda. Le Rwanda et l'Ouganda ont d'ores et déjà instauré des restrictions de voyage avec le territoire congolais. Trois volontaires de la Croix-Rouge sont par ailleurs décédés après avoir contracté le virus en mars dans l'est du Congo, illustrant le danger auquel s'exposent les humanitaires sur le terrain.
SOURCES (3)
- France 24 ENMOYEN
