ANGLE DOMINANT
Kuala Lumpur retient d'abord la mécanique de désinformation à l'origine de la tragédie de Ceuta, avant la brouille Schengen entre Madrid et Rome.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Selon des chiffres officiels espagnols, environ 72 000 personnes ont afflué à Ceuta depuis le Maroc à partir du 30 juillet, en contournant à la nage la barrière frontalière.
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Les autorités espagnoles ont récupéré les corps de 78 migrants noyés ; le Maroc recense 11 morts de son côté de la frontière.
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Une investigation de la société Golden Owl conclut « avec un degré de confiance élevé » que la ruée migratoire fut « une opération délibérément organisée ».
ANALYSE
Kuala Lumpur, 8 août 2026. La presse malaisienne retient d'abord le mécanisme qui a précédé la tragédie de Ceuta : une rumeur virale selon laquelle « la frontière de Ceuta est ouverte » a circulé sur les réseaux sociaux avant que des dizaines de milliers de personnes ne se jettent à l'eau pour franchir la barrière séparant le Maroc de l'enclave espagnole. Selon des chiffres officiels espagnols cités par Malay Mail, environ 72 000 personnes ont afflué depuis le 30 juillet, la plupart en contournant à la nage la barrière posée en Méditerranée. Les autorités espagnoles ont récupéré les corps de 78 migrants noyés, tandis que le Maroc recense 11 morts de son côté de la frontière.
Une enquête publiée par Chema Gil, analyste en sécurité et renseignement à l'université de Murcie, évoque une campagne en ligne ayant généré 11 millions de vues dès début juillet. Une investigation en source ouverte menée par la société technologique Golden Owl conclut « avec un degré de confiance élevé » que la ruée migratoire « a été une opération délibérément organisée ». L'expert en réseaux sociaux et sécurité Marcelino Madrigal confirme : « il y avait des indices que cela allait arriver », précisant que les rumeurs, messages et groupes à l'origine de la crise sont apparus surtout sur Facebook et WhatsApp — sans qu'il soit possible de déterminer « qui ou quoi a allumé la mèche ».
La presse malaisienne relève aussi la prudence diplomatique de Madrid : le Premier ministre Pedro Sánchez a rapidement imputé la ruée aux réseaux de traite d'êtres humains, évitant de critiquer le Maroc, avec lequel l'Espagne entretient des relations sensibles. Le gouvernement espagnol pointe en particulier une interprétation délibérément erronée d'un arrêt de la Cour suprême de juillet, selon lequel les migrants en situation irrégulière ne seraient pas immédiatement renvoyés s'ils arrivaient par mer — une publication Instagram ayant relayé cette lecture dès le lendemain de l'arrêt.
Le volet diplomatique n'est pas absent : Madrid a averti Rome de mesures de rétorsion si l'Italie ne levait pas, avant dimanche, sa suspension d'un mois de Schengen, décrite comme « injuste, contraire aux intérêts de l'UE et discriminatoire envers la population espagnole ». Rome, elle, présente ses contrôles — fermeture des points d'entrée maritimes et aériens, renforcement des contrôles terrestres, en vigueur depuis le 31 juillet — comme une « mesure extraordinaire » destinée à « préserver la sécurité nationale et prévenir d'éventuelles répercussions » pour le pays, selon la Première ministre Giorgia Meloni.
