ANGLE DOMINANT
Pékin retient de l'accord de la Maison-Blanche le refus américain de coopérer avec la Chine sur la sécurité de l'IA, et y décrypte une course à la « superintelligence » où Washington écarte toute gouvernance mondiale.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Trump a déclaré mardi ne pas vouloir travailler avec la Chine sur les risques de l'IA, la coopération pouvant selon lui nuire à l'avance américaine (SCMP).
- 02
Trump : « Whoever wins superintelligence wins », sans « second place » (SCMP).
- 03
Trump doit signer un décret renommant « intelligence artificielle » en « superintelligence » ; le département d'État exige ce terme dans les documents diplomatiques (Jiemian).
ANALYSE
Pékin, 30 septembre 2026. Vue de Chine, l'accord annoncé mardi 29 septembre à la Maison-Blanche compte moins par son contenu que par ce qu'il dit du rapport de force avec Pékin. Le South China Morning Post, qui titre sur le rejet par Donald Trump d'un travail commun avec la Chine sur la sécurité de l'IA « malgré les progrès du sommet avec Xi », rapporte que le président américain ne veut pas coopérer avec la Chine sur les risques de l'intelligence artificielle, au motif qu'une telle coopération pourrait entamer l'avance des États-Unis. Il présentait à cette occasion un accord volontaire signé par les dirigeants des grandes entreprises technologiques américaines.
Le quotidien cite la formule de Trump : « Whoever wins superintelligence wins. You're gonna have a winner and a loser, and you're probably not gonna have a second place. » La logique est celle d'un jeu à somme nulle, où la sécurité de l'IA passe après la primauté technologique.
Le média Jiemian, lui, s'attarde sur l'annonce d'un décret rebaptisant « intelligence artificielle » en « superintelligence ». Il replace ce geste dans la série des changements de nom voulus par l'administration, du « département de la Guerre » à la tentative de rebaptiser le Kennedy Center, bloquée par un tribunal fédéral. Il souligne que ces renommages n'ont pas de portée juridique internationale et cite des analystes pour qui la décision vise à s'attirer le soutien du secteur technologique, des marchés et des électeurs conservateurs, et à préparer un assouplissement de la réglementation.
Jiemian rappelle aussi le contraste avec l'ONU : le secrétaire général Guterres y a appelé à des garde-fous mondiaux, tandis que Trump juge les protections américaines suffisantes, qualifie les craintes du secteur de « complot » comparable au « canular du réchauffement climatique » et avertit qu'une régulation sévère mènerait les entreprises au bord de la faillite. Le site note que la technologie évolue plus vite que les cadres réglementaires, d'où un risque de « vide de gouvernance », et que Trump entend s'appuyer sur la justice pénale et civile existante contre les abus.
Les deux médias placent ainsi l'accord d'autorégulation dans une trajectoire plus large : primauté américaine, refus d'un cadre multilatéral, mise à l'écart de Pékin. Aucun ne détaille en profondeur les engagements d'audit externe ni leur caractère non contraignant juridiquement.
