ANGLE DOMINANT
Istanbul assume la répression : quand Budapest ouvre ses avenues aux marcheurs après un revers d'Orbán, la Turquie ferme ses arrondissements, déploie ses fourgons et arrête ses journalistes — sans infléchissement politique en vue.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Au moins 50 à 65 personnes interpellées lors de la 24e Marche des fiertés d'Istanbul à Kadıköy, dont des journalistes accrédités — toutes relâchées en soirée (Bianet / BBC Turkish, 28 juin 2026)
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Les arrondissements de Beyoğlu et Kadıköy ont interdit toute manifestation du 27 au 28 juin ; la préfecture a fermé la station de métro Taksim et la ligne funiculaire Taksim-Kabataş
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À Izmir, la 14e Marche des fiertés également interdite par la préfecture au nom de «l'ordre public» et de «la morale générale» ; le barreau d'Izmir a saisi le tribunal administratif en référé
ANALYSE
Istanbul, 28 juin 2026. La 24e Marche des fiertés d'Istanbul s'est tenue malgré les interdictions officielles dans le quartier de Kadıköy, au milieu d'un dispositif policier sans précédent. Selon le comité organisateur, au moins cinquante personnes ont été interpellées au cours de la journée, parmi lesquelles des journalistes munis de leur carte de presse. Toutes ont été remises en liberté dans la soirée après audition au commissariat. Bianet recense soixante-cinq détentions au total, dont plusieurs correspondants de médias indépendants.
Les arrondissements de Beyoğlu et de Kadıköy avaient imposé, à compter du samedi 27 juin à 8 heures et jusqu'au dimanche soir à 23h59, une interdiction complète de toute manifestation en espace public. La préfecture d'Istanbul a en outre suspendu la station de métro Taksim et la ligne funiculaire Taksim-Kabataş, coupant ainsi les accès aux sites traditionnels de rassemblement. Les autorités ont invoqué «la morale publique», «l'ordre public» et le risque de «provocation» pour justifier ces mesures, s'appuyant sur l'article 17 de la loi n° 2911 sur les réunions et manifestations publiques.
Face à ce dispositif, les militants LGBT+ ont adopté une stratégie de dispersion tactique : plusieurs groupes ont émergé simultanément de rues différentes du quartier de Caferağa, déployant banderoles et scandant des slogans. Une parade-leurre menée vers Taksim a attiré une partie des forces de l'ordre, pendant que la marche principale se tenait à Kadıköy. Les élues Özgül Saki (DEM Parti, pro-kurde) et Sera Kadıgil (Parti des travailleurs de Turquie, TİP) ont rejoint les manifestants, offrant une visibilité politique à l'événement. Le comité organisateur a diffusé un communiqué au ton ferme : «Toute la ville a été mise en état de siège pour que nous marchions aujourd'hui. Notre marche, notre organisation, notre existence ne peuvent être stoppées.» Les syndicats DİSK Basın-İş et la Fédération des journalistes turcs ont dénoncé les arrestations de reporters : «Le journalisme n'est pas un crime.»
À Izmir, la 14e Marche des fiertés a également été interdite par la préfecture, qui a cité «l'ordre public» et «la morale générale» comme fondements légaux. Le barreau d'Izmir a immédiatement saisi le tribunal administratif pour obtenir la suspension en référé de l'arrêté préfectoral.
Le contraste avec Budapest est saisissant. Tandis que la capitale hongroise voit des milliers de manifestants défiler dans ses avenues après un revers législatif pour Viktor Orbán, Istanbul — qui accueillait des dizaines de milliers de participants à sa marche jusqu'en 2015 — ne peut rassembler ses militants que dans la clandestinité contrainte d'arrière-rues.
