Dans son premier document majeur, l'encyclique « Magnifica Humanitas », le pape Léon XIV appelle explicitement les gouvernements à ralentir le développement de l'intelligence artificielle et à instaurer des cadres juridiques robustes assortis d'une surveillance indépendante. Le texte s'organise autour de quatre axes : la protection des droits des travailleurs face à l'automatisation, la sécurité des enfants en ligne, la propriété des données d'IA et la nécessité d'apaiser la compétition entre entreprises technologiques.
Le document juge non permissible de déléguer à des systèmes automatisés des décisions létales et irréversibles, positionnant le Vatican contre l'armement autonome. La présence d'un cofondateur d'Anthropic à la présentation a été largement lue comme le signe que l'industrie elle-même prend l'appel au sérieux. L'indépendance du pape est régulièrement soulignée : premier pontife américain, il a critiqué la guerre en Iran et essuyé les reproches de Donald Trump.
L'encyclique s'inscrit dans une fracture entre trois modèles de gouvernance de l'IA : la déréglementation accélérée portée par l'administration américaine, l'encadrement législatif progressif de l'Union européenne via l'AI Act, et la supervision étatique revendiquée par la Chine. En s'adressant à 1,4 milliard de catholiques, le Vatican se pose en acteur moral transversal. La question des armes létales autonomes renvoie aux débats onusiens, où plusieurs États défendent un encadrement strict que d'autres ont jusqu'ici bloqué.
La réception reste disputée. Certains acteurs y voient avant tout un signal géopolitique contre la déréglementation, d'autres une autorité morale religieuse. Les pays très engagés dans la course technologique accueillent l'injonction à ralentir avec réserve, tandis que d'autres l'estiment bienvenue. Plusieurs lectures centrent le texte sur les armes autonomes, quand d'autres privilégient les enjeux socio-économiques de l'automatisation.