ANGLE DOMINANT
Ottawa mesure avec attention les enjeux du sommet de l'OTAN de juillet, conscient que la stabilité de l'Alliance dépend d'une entente préalable entre Rutte et Trump — et que le Canada lui-même est dans l'oeil du cyclone transatlantique.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Mark Carney a eu un entretien téléphonique avec Trump le 24 juin, à quelques semaines du sommet de l'OTAN d'Ankara (7-8 juillet), sans que le contenu soit divulgué.
- 02
Pete Hegseth a annoncé une révision de six mois des déploiements militaires américains en Europe, pouvant mener à des réductions, et a accusé les alliés de "free-riding" lors d'une réunion OTAN.
- 03
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan doit se rendre à Ottawa les jeudi et vendredi précédant le sommet, signalant l'importance diplomatique du Canada dans la séquence pré-sommet.
ANALYSE
Ottawa, 24 juin 2026. À moins d'un mois du sommet de l'OTAN prévu les 7 et 8 juillet à Ankara, le Canada se retrouve à l'intersection de plusieurs tensions transatlantiques qui interrogent l'avenir de l'Alliance. Le premier ministre Mark Carney s'est entretenu mercredi avec Donald Trump — une conversation téléphonique dont le bureau de Carney n'a livré qu'une seule phrase laconique, sans préciser les sujets abordés. La discrétion d'Ottawa en dit autant que les mots : la relation avec Washington reste délicate.
Le même jour, le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte — que certains observateurs surnomment le « chuchoteur de Trump » — rencontrait lui aussi le président américain dans le Bureau Ovale. Sa mission : apaiser une hostilité croissante avant que le sommet d'Ankara ne se transforme en crise ouverte. Les presses canadiennes rapportent que Rutte cherche à « se mettre sur la même longueur d'onde » avec Trump, selon Stephen Wertheim, chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace. « Le sommet de l'OTAN comporte un risque significatif, car Trump est en colère et imprévisible », a averti Wertheim, cité par le Globe and Mail.
La colère de Trump envers l'Alliance s'est matérialisée sur plusieurs fronts. Le Pentagone, sous la direction de Pete Hegseth, a lancé une révision de six mois des déploiements de troupes américaines en Europe, qui pourrait déboucher sur des réductions significatives. Hegseth a aussi accusé les alliés de « profiter gratuitement » de la sécurité américaine lors d'une réunion de l'OTAN. Simultanément, les États-Unis ont réduit le pool de capacités militaires disponibles pour l'Alliance en cas de crise, laissant les membres grappler avec des lacunes à combler.
Pour Ottawa, ces développements prennent une résonance particulière. Le Canada a longtemps été critiqué pour ses dépenses de défense inférieures à l'objectif de 2 % du PIB fixé par l'OTAN. La pression américaine s'exerce donc aussi directement sur lui. La visite du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, prévue jeudi et vendredi à Ottawa, souligne l'importance diplomatique des semaines à venir pour le Canada, pays hôte indirect de cette série de consultations pré-sommet.
Les médias canadiens relèvent également que les tensions entourant l'OTAN s'inscrivent dans un contexte plus large : la guerre entre les États-Unis et l'Iran déclenchée en février, qui a perturbé le détroit d'Ormuz et irrité Trump en raison du soutien jugé insuffisant des alliés européens. Carney et Trump s'étaient déjà croisés lors du G7 en France ce mois-ci, sans parvenir à une rencontre officielle bilatérale. La conversation téléphonique de mercredi représente donc un signal diplomatique, même enveloppé dans le silence officiel.
