ANGLE DOMINANT
Ankara mesure dans la rencontre Rutte-Trump une occasion stratégique : le sommet OTAN de juillet, qu'elle accueille, devient un levier diplomatique de premier ordre pour rouvrir le dossier des F-35 et consolider son rôle central dans l'Alliance.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Trump a déclaré qu'il allait « probablement faire quelque chose qui rendra Erdoğan très heureux » concernant les F-35 et les moteurs du chasseur Kaan, lors de sa rencontre avec Rutte à la Maison Blanche.
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La Turquie accueille le sommet OTAN à Ankara les 7 et 8 juillet ; Trump a indiqué qu'il n'y aurait probablement pas participé si le sommet ne se tenait pas en Turquie.
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Ankara a été exclue du programme F-35 en 2019 après l'achat de systèmes S-400 russes, une décision qu'Erdoğan a qualifiée d'« injuste » et contraire à la sécurité de l'Alliance.
ANALYSE
Ankara, 25 juin 2026. À moins de deux semaines du sommet de l'OTAN qu'elle accueille dans sa capitale les 7 et 8 juillet, la Turquie scrute avec une attention particulière la rencontre entre le secrétaire général Mark Rutte et le président Donald Trump à la Maison Blanche. Pour Ankara, cet entretien dépasse le cadre des frictions transatlantiques sur les dépenses de défense : il marque l'ouverture d'une séquence diplomatique dans laquelle la Turquie entend jouer un rôle de pivot.
L'élément le plus commenté dans les médias turcs est la déclaration de Trump lui-même. Interrogé sur la possibilité d'apporter un « grand cadeau » à Ankara, le président américain a répondu qu'il allait « probablement faire quelque chose qui rendra Erdoğan très heureux ». Cette formule, prononcée en présence de Rutte, est interprétée comme un signal fort concernant deux dossiers sensibles : la réintégration de la Turquie au programme de chasseurs F-35 et la fourniture des moteurs General Electric destinés au programme national de combat Kaan — première génération de chasseurs indigenes turcs lancée en 2016.
La Turquie avait été exclue du programme F-35 en 2019 après l'achat de systèmes de défense antiaérienne russes S-400, une décision qu'Ankara a toujours contestée. Le président Erdoğan l'a qualifiée d'« injuste », soulignant que cette exclusion nuit à la sécurité collective de l'Alliance. Trump, de son côté, a rappelé que la Turquie est « un membre solide de l'OTAN », dotée d'une base industrielle de défense « énorme », selon les termes de Rutte repris par le Daily Sabah.
Ce contexte donne une coloration particulière au sommet d'Ankara. Trump a d'ailleurs indiqué qu'il n'aurait probablement pas assisté au sommet si celui-ci n'était pas organisé en Turquie, « par respect pour le président Erdoğan ». Cette déclaration renforce l'image d'Ankara comme interlocutrice privilégiée de Washington au sein de l'Alliance, à rebours des tensions qui caractérisent les relations entre les États-Unis et plusieurs alliés européens sur les niveaux de dépenses militaires.
Du côté européen, les préparatifs du sommet se poursuivent intensément. Le groupe E5 — France, Allemagne, Italie, Pologne, Royaume-Uni — s'est réuni mercredi à Berlin pour coordonner ses positions, avec Mark Rutte en visioconférence. Emmanuel Macron a décrit la période actuelle comme un « moment de reconvergence » entre Européens et Américains, se félicitant qu'un texte commun au G7 ait réaffirmé le soutien à l'intégrité territoriale ukrainienne pour la première fois en dix-huit mois. Mais ces signaux de rapprochement transatlantique n'effacent pas les divergences persistantes, que les médias turcs relèvent sans les amplifier.
L'agence Anadolu Agency souligne par ailleurs que Moscou et Washington prévoient de nouvelles consultations bilatérales d'ici la fin de l'été, ce que le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergey Ryabkov a confirmé, tout en pointant des difficultés liées à la conditionnalité américaine sur l'Ukraine. Ce contexte russo-américain nourrit les calculs d'Ankara, qui entend tirer profit de sa position géographique et diplomatique unique pour peser sur l'issue des négociations.
