ANGLE DOMINANT
Paris décrypte dans la non-reconduction de l'ACEUM un tournant vers le bilatéralisme permanent, qui fragilise les chaînes industrielles nord-américaines et l'idée même d'accords commerciaux stables.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
L'ACEUM n'a pas été renouvelé avant la date butoir du 1er juillet 2026 ; il entre désormais dans un mécanisme de révisions annuelles sur dix ans.
- 02
Washington exige que 50 % du contenu de chaque véhicule produit dans la zone soit fabriqué aux États-Unis, un changement radical pour l'industrie automobile trinationale.
- 03
Le Mexique destine 88 % de ses exportations vers les États-Unis (189 milliards de dollars entre janvier et avril 2026), ce qui le rend particulièrement vulnérable à l'instabilité de l'accord.
ANALYSE
Paris, 3 juillet 2026. Washington a officialisé le 1er juillet ce que beaucoup redoutaient : les États-Unis ne renouvelleront pas l'ACEUM — l'accord de libre-échange nord-américain en vigueur depuis 2020 — dans sa forme actuelle. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a annoncé que « les États-Unis n'ont pas accepté de renouveler l'ACEUM sous sa forme actuelle ». Une décision qui referme une ère de multilatéralisme commercial tout en ouvrant une période d'incertitude durable pour les entreprises des trois pays.
L'accord, qui aurait pu être prolongé de seize ans grâce à une clause prévue à cet effet, bascule désormais dans un mécanisme de révisions annuelles sur dix ans. Washington aurait pu se retirer — sous un préavis de six mois —, mais l'administration Trump a opté pour une renégociation permanente, secteur par secteur. Pour les entreprises qui ont bâti en trente ans des chaînes d'approvisionnement intégrées entre les trois pays, ce changement de régime commercial est loin d'être anodin : elles rechignent à investir dans un climat d'incertitude quasi-quotidien.
C'est l'industrie automobile qui concentre le plus de tensions. Washington souhaite porter à 50 % la part du contenu fabriqué aux États-Unis dans chaque véhicule, une exigence radicale pour des constructeurs qui ont tissé sur trente ans des chaînes d'approvisionnement trinationales. Le Canada pose des limites sur les produits laitiers, le Mexique est protectionniste sur le maïs, et les désaccords sur l'acier et l'aluminium persistent.
Le Mexique, qui destine 88 % de ses exportations vers les États-Unis — soit 189 milliards de dollars entre janvier et avril 2026 — se trouve dans la position la plus exposée. La présidente Claudia Sheinbaum a choisi l'apaisement : gouvernement et syndicats patronaux ont multiplié les appels au calme. On note un progrès : 54 points de désaccord l'an dernier, contre 14 lors de cette session. De nouvelles négociations sont prévues le 20 juillet à Mexico, tandis qu'Ottawa n'a pas encore fixé de calendrier.
L'ACEUM était lui-même une création du premier mandat de Trump, censée remplacer l'Alena. Sa non-reconduction par le même président illustre une doctrine désormais claire : aucun cadre commercial multilatéral n'est gravé dans le marbre. Acier, aluminium, bois d'œuvre, produits laitiers, maïs — les contentieux sectoriels s'accumulent, et le mécanisme de révisions annuelles promet une décennie de négociations âpres entre les trois voisins nord-américains.
SOURCES (3)
- BFM BusinessMOYEN
