ANGLE DOMINANT
Paris mesure l'ampleur du séisme industriel qui frappe l'Allemagne : la possible suppression de 100 000 emplois chez Volkswagen sonne comme un avertissement pour toute l'automobile européenne, à l'heure où la France suit de près la recomposition du secteur.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Volkswagen envisage de supprimer jusqu'à 100 000 emplois d'ici la fin de la décennie, soit le double des 50 000 suppressions annoncées en mars 2025, selon Manager Magazin
- 02
Le résultat opérationnel du groupe a chuté de 53 % en 2025, à 8,9 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires quasi stable à 322 milliards d'euros (La Tribune)
- 03
Renault prévoit de passer en trois-huit à Douai en novembre, doublant la cadence de production de la R5 électrique de 27,5 à 55 véhicules par heure (La Tribune)
ANALYSE
Paris, 27 juin 2026. C'est un séisme social sans précédent qui se prépare outre-Rhin : selon le journal allemand Manager Magazin, Volkswagen envisagerait de supprimer jusqu'à 100 000 emplois et de fermer quatre usines en Allemagne d'ici la fin de la décennie. Le groupe, qui emploie actuellement 657 000 personnes dans le monde, avait déjà annoncé en mars dernier 50 000 suppressions de postes en Allemagne d'ici 2030 — le nouveau plan viendrait donc doubler la mise, selon La Tribune.
Le PDG Oliver Blume a présenté ces orientations lors d'une réunion du directoire en début de semaine. Contacté par l'AFP, un porte-parole du groupe a refusé de commenter « des documents internes et confidentiels », tout en reconnaissant que « les instances compétentes devaient encore examiner et valider » ces questions. Mais la direction n'a pas esquivé l'essentiel : « Notre modèle économique actuel ne fonctionne plus, en l'état, pour toutes les marques : concevoir des voitures en Allemagne, les produire en Europe et les exporter dans le monde entier », a-t-elle admis sans détour.
Les chiffres financiers confirment la gravité de la situation. Le résultat opérationnel de Volkswagen a plongé de 53 % en 2025, à 8,9 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires quasi stable à 322 milliards d'euros, selon La Tribune. La direction estime désormais que ce modèle « ne finance plus la taille de l'appareil industriel ». Sur les 50 000 suppressions d'emplois actées en mars, environ 28 000 départs auraient déjà été acceptés par les salariés.
La crise de Volkswagen n'est pas un cas isolé : elle cristallise les tensions qui traversent l'ensemble de l'industrie automobile européenne. Le groupe peine à absorber simultanément l'envolée des coûts de l'énergie, une concurrence chinoise accrue sur le segment électrique, les difficultés à financer la transition vers le véhicule électrique et les tensions commerciales avec les États-Unis. Volkswagen avait d'ailleurs proposé d'investir aux États-Unis en échange d'une réduction des droits de douane américains, signe de la pression exercée par Washington sur le secteur.
Le signal envoyé depuis Wolfsburg résonne directement en France. La filière automobile française, qui a des liens industriels étroits avec l'Allemagne, surveille de près l'ampleur de cette restructuration. Par contraste, Renault annonce dans le même temps une montée en cadence de son usine de Douai (Nord), qui produit la R5 électrique : selon La Tribune, le groupe doit décider en juillet de passer en trois-huit, ce qui porterait la cadence de 27,5 à 55 véhicules par heure. Une trajectoire inverse qui illustre la bifurcation des stratégies nationales dans la transition électrique.
