ANGLE DOMINANT
Doha mesure la crise de Ceuta à l'aune des fractures qu'elle révèle dans l'espace Schengen, entre urgence humanitaire sur le terrain et durcissement sécuritaire généralisé en Europe.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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60 000 personnes ont franchi la frontière entre le Maroc et Ceuta en 24 heures, par voie terrestre et maritime, selon le président régional Juan Jesus Vivas.
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Le ministère espagnol de l'Intérieur affirme avoir renvoyé environ 25 000 arrivants vers le Maroc dès vendredi.
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L'Italie a suspendu son accord Schengen avec l'Espagne pour un mois à compter de samedi, en ciblant les ressortissants non européens.
ANALYSE
Doha, 1er août 2026. En vingt-quatre heures, quelque 60 000 personnes ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, par voie terrestre et par la mer, nombre d'entre elles contournant à la nage la barrière frontalière plantée dans l'eau, selon le président régional Juan Jesus Vivas. Il a confirmé au moins 34 morts, sans détailler les circonstances des décès — beaucoup se sont noyés en tentant la traversée. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui s'est rendu sur place vendredi, a qualifié ces franchissements de « violation » de la souveraineté territoriale espagnole et annoncé la mobilisation de tous les moyens disponibles pour accélérer les rapatriements. Le ministère de l'Intérieur affirme avoir déjà renvoyé environ 25 000 personnes vers le Maroc. Sur le terrain, Rachid Sbihi, qui représente les agents de la Garde civile à Ceuta, décrit une « crise humanitaire grave » : des mineurs non accompagnés dormant sur les trottoirs, des migrants errant sans but dans les rues. Madrid a par ailleurs déployé des renforts pour sécuriser le périmètre, tandis que la Commission européenne a jugé la situation « inacceptable ».
Le choc politique dépasse largement l'Espagne. L'Italie a suspendu, pour un mois à compter de samedi, son accord Schengen avec Madrid : le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a jugé la mesure « nécessaire pour protéger la sécurité de nos citoyens et défendre les frontières de l'Europe », ciblant les contrôles maritimes et aériens sur les seuls ressortissants non européens, sans affecter les déplacements des citoyens espagnols ou européens. La veille, la Première ministre Giorgia Meloni avait réclamé la suspension pure et simple de l'Espagne de l'espace Schengen, qualifiant les images venues de Ceuta de « choquantes ». Rome a par ailleurs coordonné avec Paris un renforcement des contrôles terrestres.
Sur le terrain marocain, des témoins racontent une rumeur ayant déclenché la ruée : Fatima Zahra, venue de Tanger, dit avoir entendu dire que « Ceuta avait ouvert » avant de tenter sa chance, en vain — refoulée à Fnideq, ville marocaine où des heurts ont éclaté avec la police anti-émeute, qui a fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau. Ceuta, territoire de 18,5 km² peuplé d'environ 80 000 habitants, constitue avec Melilla l'une des deux seules frontières terrestres entre l'Europe et l'Afrique — un point de passage sous tension chronique, désormais au cœur d'une crise diplomatique européenne.
