ANGLE DOMINANT
Paris referme dix-sept ans d'une bataille judiciaire sans précédent : la cour d'appel déclare Air France et Airbus «seuls et entièrement responsables» du crash du vol AF447, renversant la relaxe de 2023 et infligeant la peine maximale aux deux fleurons de l'industrie française.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
La cour d'appel de Paris condamne Air France et Airbus à 225 000 euros d'amende chacune — peine maximale pour personne morale — pour homicides involontaires dans le crash du 1er juin 2009 (228 morts).
- 02
Airbus annonce immédiatement un pourvoi en cassation après le verdict, contestant sa responsabilité pénale dans la défaillance des sondes Pitot.
- 03
Air France est condamnée pour défaut de formation des pilotes au givrage des sondes ; Airbus pour sous-estimation des défaillances et absence d'alerte urgente aux compagnies exploitantes.
ANALYSE
Paris, 21 mai 2026. Dix-sept ans après que le vol AF447 s'est abîmé dans l'Atlantique, emportant 228 vies, la cour d'appel de Paris a prononcé ce jeudi un verdict historique : Air France et Airbus sont coupables d'homicides involontaires. Les deux entreprises, qui avaient obtenu la relaxe en première instance en avril 2023, sont désormais déclarées «seuls et entièrement responsables» de la pire catastrophe de l'aviation civile française.
Le tribunal a condamné chacune à 225 000 euros d'amende, soit le maximum prévu par la loi pour une personne morale. Une somme dérisoire au regard des bilans financiers des deux groupes, mais dont la portée symbolique dépasse largement le montant. Comme l'avait prédit l'avocat général Rodolphe Juy-Birmann lors du procès en appel à l'automne 2025, «cette condamnation jettera l'opprobre, un discrédit sur ces deux compagnies» et «doit résonner comme un avertissement».
La chaîne causale retenue par les juges repose sur deux défaillances distinctes et cumulées. Air France est déclarée coupable de ne pas avoir dispensé aux pilotes une formation adaptée aux situations de givrage des sondes Pitot, ces capteurs de vitesse extérieure dont le dysfonctionnement a désactivé le pilote automatique dans la zone troublée du «Pot au noir», près de l'équateur. Airbus, de son côté, est condamné pour avoir sous-estimé la gravité des défaillances de ces sondes anémométriques et pour n'avoir pas alerté en urgence les compagnies aériennes utilisatrices. Pour le parquet général, ces fautes sont «caractérisées» et ont «concouru, de façon certaine, à la survenance du crash aérien».
Ce verdict intervient après un revirement procédural notable : lors du premier procès, c'est le ministère public lui-même qui avait requis la relaxe — et l'avait obtenue. C'est ensuite ce même parquet qui a formé appel pour «laisser se dérouler le plein potentiel de la procédure judiciaire», avant de requérir finalement la condamnation lors des audiences de l'automne 2025. Les deux avocats généraux avaient alors fustigé «une défense en granit» et «seize années pour venir raconter n'importe quoi», dénonçant «l'indécence» des deux entreprises face aux familles des victimes.
En face, Airbus et Air France ont maintenu jusqu'au bout leur ligne de défense, imputant l'accident aux «facteurs humains pré-déterminants» — soit les décisions des pilotes dans les secondes critiques. Le représentant d'Air France avait même admis à la barre que la compagnie «avait les moyens de conduire une formation en haute altitude, mais ne l'avait pas fait car elle estimait sincèrement que c'était inutile».
SOURCES (5)
- Sud OuestMOYEN
- HuffPost FranceMOYEN
