Le 31 mai 2026, la fusée lourde New Glenn de Blue Origin a explosé au décollage à Cap Canaveral, détruisant le lanceur ainsi que sa charge utile, un satellite classifié contracté par l'US Space Force. Aucun blessé n'est à déplorer, mais les dégâts subis par l'infrastructure du pas de tir 36A impliquent une reconstruction estimée à au moins quinze mois avant toute reprise. L'événement est unanimement présenté comme un revers industriel majeur pour l'entreprise de Jeff Bezos.
Au-delà de l'accident, l'incident touche plusieurs dossiers sensibles. Le programme lunaire Artemis de la NASA s'en trouve directement fragilisé, Blue Origin étant le fournisseur du module d'alunissage Blue Moon destiné aux missions habitées. La destruction d'une charge militaire confère par ailleurs à l'événement une dimension de sécurité nationale qui dépasse le simple accident technique.
Le contexte est celui d'une compétition spatiale intensifiée. L'architecture Artemis repose sur deux fournisseurs privés, SpaceX et Blue Origin, sans redondance institutionnelle comparable à celle des agences étatiques. La mise hors jeu temporaire de Blue Origin renforce mécaniquement la position de SpaceX, déjà titulaire de nombreux contrats du Pentagone, et pose la question de la concentration du marché des lanceurs autour d'un acteur unique.
La portée de l'incident reste disputée. Certains acteurs y voient un problème industriel interne à corriger au sein de l'alliance technologique, tandis que d'autres l'interprètent comme le signe d'une fragilité structurelle du modèle spatial privatisé. Plusieurs pays plaident pour une autonomie de lancement accrue, quand d'autres lisent l'événement comme une fenêtre d'opportunité pour leurs propres programmes spatiaux nationaux.