ANGLE DOMINANT
Ankara distingue deux crises dans une seule : la désespérance de la jeunesse marocaine à Ceuta, et le calcul de politique intérieure que révèle, selon la presse turque, la suspension de Schengen décrétée par Rome.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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67 morts recensés côté espagnol, noyés ou écrasés dans la bousculade sur la digue de Tarajal.
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Barrière flottante de 500 mètres installée samedi à 7h50 le long de la digue de Tarajal, doublée de bouées ancrées.
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L'Italie a suspendu la libre circulation Schengen avec l'Espagne pour les liaisons maritimes et aériennes, décision annoncée par Giorgia Meloni.
ANALYSE
Ankara, 2 août 2026. Depuis la capitale turque, la crise de Ceuta est lue en deux volets distincts : le désarroi des jeunes Marocains qui ont tenté la traversée, et la décision italienne de suspendre Schengen avec l'Espagne — une mesure jugée révélatrice de calculs de politique intérieure plus que de sécurité.
Les récits recueillis par la presse turque donnent la parole aux migrants eux-mêmes. Abdulah Buji, 21 ans, originaire du nord du Maroc, a enfourché sa moto dès l'annonce de la brèche. Il se destine à l'enseignement mais résume son geste sans détour : « L'Espagne vous donne une chance de construire votre avenir, pas comme le Maroc. Je suis un jeune homme talentueux, je veux juste une chance. » Après avoir failli compter parmi la cinquantaine de noyés, il a fait demi-tour, craignant la détention et résumant son dilemme : « J'ai passé peut-être 14 ans à étudier, mais il n'y a rien chez moi. » Sur les 60 000 personnes entrées entre jeudi et vendredi, environ 45 000 étaient déjà reparties au Maroc samedi matin selon Madrid ; un autre décompte évoque plus de 48 000 retours en 48 heures. Le bilan humain s'est stabilisé à 67 morts, noyés ou écrasés dans la bousculade sur la digue.
Sur le terrain, Madrid a fait installer samedi matin une barrière flottante de 500 mètres le long de la digue de Tarajal, doublée de bouées ancrées et d'un chenal réservé aux patrouilles de la Garde civile. Le président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, a reconnu que « la vie dans cette ville a été bouleversée », tout en jugeant le retour des migrants « satisfaisant » sans considérer la crise close.
Second volet, plus politique : Rome a suspendu la libre circulation Schengen avec l'Espagne pour les liaisons maritimes et aériennes, décision présentée par la Première ministre Giorgia Meloni comme une mesure « extraordinaire » de sécurité nationale. La presse turque relève une contradiction soulevée à Rome même : les passages de Ceuta vers l'Espagne continentale échappaient déjà au régime de libre circulation, ce qui nourrit les accusations de calcul intérieur visant le gouvernement Meloni. Les déclarations de Donald Trump, pour qui « l'Espagne est envahie », et de JD Vance sur les « politiques mondialistes de gauche radicale » sont rapportées comme faisant partie de cette surenchère transatlantique.
