ANGLE DOMINANT
Doha porte la condamnation onusienne du siège de Qusra et relaie l'analyse selon laquelle le gouvernement israélien ne peut se désolidariser des violences des colons.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme et le ministère palestinien des Affaires étrangères qualifient le siège de « criminel » et « inhumain ».
- 02
Trois familles, quinze personnes dont deux enfants, sont privées d'eau et d'électricité depuis dimanche, pour une cinquième nuit de siège à Ras al-Ain.
- 03
L'ambassadeur américain Mike Huckabee a qualifié les colons de « terroristes israéliens », rupture rhétorique inédite chez un allié indéfectible d'Israël.
ANALYSE
Doha, 15 août 2026. Le siège de Qusra, village au sud de Naplouse où des colons israéliens retiennent trois familles palestiniennes depuis dimanche, entre dans sa cinquième nuit sans que les autorités israéliennes ne parviennent à y mettre fin. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme et le ministère palestinien des Affaires étrangères ont conjointement qualifié l'opération de « criminelle » et « inhumaine », dénonçant des actes soutenus ou tolérés par la puissance occupante. Quinze personnes, dont deux enfants, restent coupées d'eau et d'électricité dans le quartier de Ras al-Ain, tandis que les forces israéliennes empêchent des militants israéliens et étrangers - dont ceux du mouvement Peace Now - d'atteindre les habitations, la zone ayant été déclarée « fermée » à des fins militaires.
Ce qui retient l'attention des rédactions qataries, c'est la rupture de ton chez un allié historique d'Israël : l'ambassadeur américain Mike Huckabee a qualifié les colons de « terroristes israéliens », un « acte de terreur ignoble », affirmant que l'ambassade a demandé l'intervention de l'armée et de la police pour « retirer les terroristes ». Une déclaration jugée rare par Al Jazeera, venant d'un diplomate qui a lui-même défendu la légitimité des colonies.
Une analyse d'Al Jazeera estime que le gouvernement israélien « ne peut pas se désolidariser » de cette violence, malgré la condamnation du porte-parole David Mercer, qui a qualifié les faits de « déplorables » et « inacceptables » en promettant enquête et arrestations. La députée Aida Touma-Sliman (Hadash) y voit une complicité de l'État : « Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, ils sont complices », a-t-elle déclaré, ajoutant qu'il n'est plus possible de distinguer l'armée des colons sur le terrain, des soldats ayant été aperçus prenant le thé avec les assiégeants.
Le Gulf Times élargit le tableau à l'échelle de la Cisjordanie : l'Office de coordination des affaires humanitaires de l'ONU recense en moyenne six incidents quotidiens impliquant des colons en 2026, du vol de volailles à la destruction de récoltes. Une famille palestinienne décrit des colons ayant tendu une corde délimitant ses terres près de la nouvelle colonie d'Emek Dotan. Le ministre de la Défense Israël Katz a par ailleurs félicité les colons du mouvement « Hilltop Youth » pour avoir « tenu » des terres à Ganim, une colonie pourtant démantelée en 2005.
