ANGLE DOMINANT
Stockholm décrypte un mouvement né dans les lycées, qui fait tache d'huile en Europe et dont la journée de samedi a basculé dans le chaos urbain, avec des slogans repris jusque dans les écoles italiennes.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Des lycéens occupent des établissements à Turin, Rome, Naples et Gênes sous le slogan « Vi gör som i Frankrike » (Svenska Dagbladet, Aftonbladet).
- 02
Un garçon de 15 ans a eu la main gauche arrachée par une grenade de la police à Lens ; le ministre Édouard Geffrey a promis 3 000 enseignants supplémentaires.
- 03
Selon le ministère de l'Intérieur cité par la BBC, 272 personnes ont été interpellées samedi ; les associations étudiantes comptent 800 000 manifestants.
ANALYSE
Stockholm, 17 octobre 2026. Pour la presse suédoise, la France est le point de départ d'une contestation qui dépasse ses frontières. Svenska Dagbladet et Aftonbladet titrent sur le slogan « Vi gör som i Frankrike » (« on fait comme en France »), entendu dans les lycées de Turin, Rome, Naples et Gênes, où des élèves occupent les établissements et scandent « de l'argent pour l'école, pas pour la guerre ». Des lycéens turinois, cités d'après le Corriere della sera, jugent que les Français prouvent que la lutte collective peut contraindre une classe politique « sourde » à ces demandes.
Les deux quotidiens rappellent l'origine scolaire du mouvement. En France, les protestations durent depuis des semaines, et la brutalité policière perçue ne ferait que galvaniser les jeunes. Un garçon de 15 ans, à Lens, a eu la main gauche arrachée par une grenade de la police devant son lycée la semaine précédente. Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffrey, a promis 3 000 enseignants supplémentaires pour les établissements les plus fragiles, une réponse que le mouvement lycéen juge insuffisante. Svenska Dagbladet, citant Le Monde, note que les « gilets jaunes » de 2018 ressuscitent sous les noms de « gilets de la jeunesse » et de « jeunes et jaunes », et que les deux mouvements fusionnent leurs revendications contre « la vie chère ».
Samedi, le ton change. Expressen parle de « chaos » dans plusieurs grandes villes, avec étudiants, gilets jaunes, cheminots et agriculteurs aux prises avec la police à Paris, Marseille et Lyon. À Marseille, des manifestants ont pénétré dans l'hôtel de ville ; son maire, Benoît Payan, les qualifie de « vandales » et de « voyous » et dit avoir appelé Emmanuel Macron et Laurent Nuñez pour obtenir des renforts. À Lyon, l'office de tourisme a été incendié, avec plus de 20 000 manifestants selon les autorités. Aftonbladet ajoute les pillages de boutiques de luxe (Hermès à Marseille, Louis Vuitton et Apple à Bordeaux) et la prise des hôtels de ville de Marseille et de Lille.
Les chiffres restent attribués. Aftonbladet retient 800 000 participants, selon les associations étudiantes. Le ministère de l'Intérieur a fait état, auprès de la BBC, de 272 interpellations dans la journée, dont 191 à Paris selon Le Parisien. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, condamne les dégradations tout en soulignant que la majorité des manifestants sont pacifiques, et estime qu'elles nuisent aux revendications des lycéens. Jean-Luc Mélenchon oppose aux images de violence des dizaines de milliers de personnes défilant dans le calme. Svenska Dagbladet relève enfin que la Belgique connaît aussi de vastes protestations, et qu'une grève des enseignants est ouverte en Espagne pour une durée indéterminée.
