ANGLE DOMINANT
Brasília pèse chaque heure du G7 d'Évian comme une fenêtre diplomatique rarissime : Lula a anticipé son départ pour ne pas manquer Trump, portant à la fois la pression des tarifs américains et l'agenda du Sud global sur la réforme de la gouvernance mondiale.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Lula a avancé son départ au dimanche 14 juin pour être présent dès l'ouverture du G7, anticipant que Trump pourrait ne rester qu'une journée comme au Canada en 2025.
- 02
L'USTR recommande une tarification supplémentaire de 25 % sur les produits brésiliens (Section 301), avec rapport final attendu le 15 juillet — décision finale appartenant à Trump.
- 03
Lula interviendra le 17 juin pour défendre une réforme de l'OMC et de l'ONU, affirmant : "Ce n'est pas en détruisant l'ONU qu'on réparera le monde, c'est en la reconstruisant."
ANALYSE
Brasília, 14 juin 2026. Pour Brasília, le G7 d'Évian n'est pas un sommet comme les autres. Lula a modifié son calendrier de départ — avancé d'une journée, au dimanche 14 juin — pour être présent dès l'ouverture du lundi, dans l'unique objectif de ne pas manquer Trump si le président américain ne reste que le premier jour, comme il l'avait fait au G7 du Canada l'an passé. Ce mouvement révèle à lui seul la nervosité diplomatique de Brasília face à l'agenda américain.
L'enjeu commercial est central. Depuis juillet 2025, le bureau du Représentant américain au commerce (USTR) mène une enquête au titre de la Section 301 de la loi commerciale américaine, visant plusieurs pratiques brésiliennes jugées déloyales par Washington : le système de paiements PIX, l'éthanol, les politiques de lutte contre la déforestation et la propriété intellectuelle. L'USTR a recommandé une tarification supplémentaire de 25 % sur les produits brésiliens. Selon les négociateurs du Palácio do Planalto, une sobretaxe de 12,5 % — liée aux accusations de tolérance envers le travail forcé — est quant à elle considérée comme pratiquement acquise. La date butoir est fixée au 15 juillet : c'est à cette date que l'USTR doit publier son rapport final, avant une décision ultime de Trump.
Face à cette pression, Brasília a multiplié les contacts depuis un an — par téléphone, visioconférence et réunions à Washington — en présentant des données officielles réfutant les accusations. Les diplomates brésiliens estiment que leurs arguments ont été ignorés, et qu'une rencontre directe Lula-Trump constitue désormais le levier le plus efficace. Le ministre du Développement, Márcio Elias Rosa, s'est réuni le 28 mai avec le représentant américain Jamieson Greer ; une nouvelle session est attendue. Mais le gouvernement brésilien souligne qu'il n'a formulé aucune demande formelle de bilatérale avec Trump, et n'en a reçu aucune de la Maison Blanche non plus. L'éventualité reste ouverte : une rencontre improvisée, comme celle de l'Assemblée générale de l'ONU en 2024, n'est pas exclue.
Mais Lula ne se rend pas à Évian uniquement pour défendre les intérêts commerciaux brésiliens. Sa dixième participation à un G7 — toujours comme invité, jamais comme membre — est aussi l'occasion de porter un agenda structurel : la réforme de la gouvernance mondiale. Il interviendra le 16 juin sur les partenariats internationaux pour le développement, plaidant pour une hausse de l'Aide Officielle au Développement (AOD), dont les niveaux ont chuté ces dernières années selon le secrétaire aux Affaires économiques Philip Fox-Drummond Gough. Le 17 juin, lors de la session sur la croissance équilibrée, Lula défendra une réforme de l'OMC et de l'ONU. Il avait formulé cet objectif sans ambiguïté devant ses ministres : "Si l'ONU ne fonctionne pas aujourd'hui, ce n'est pas en détruisant l'ONU qu'on réparera le monde, c'est en la reconstruisant."
Ce double positionnement — demandeur face aux États-Unis, mais porteur d'un contre-agenda multilatéral — illustre la posture brésilienne dans un ordre mondial en recomposition. Lula sera accompagné d'autres pays du Sud invités : Inde, Kenya, Corée du Sud, Égypte. En parallèle, il rencontrera le président Macron et la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Le Congrès brésilien a de son côté adopté une Loi de Réciprocité autorisant Brasília à répliquer proportionnellement à toute mesure commerciale hostile d'un partenaire — signal envoyé à Washington, même si non activé à ce stade.
SOURCES (4)
- Jornal de BrasíliaMOYEN
- Agência BrasilMOYEN
- G1 GloboMOYEN
