ANGLE DOMINANT
Washington mesure la longévité de Giorgia Meloni à l'aune des marchés obligataires plutôt que des urnes, entre satisfecit des investisseurs et mise en garde des anciens chefs de gouvernement italiens.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le déficit public italien est tombé de 7,4 % du PIB en 2023 à 3,1 % en 2025, avec une prévision à 2,9 % pour 2026 selon la Commission européenne (CNBC).
- 02
La dette italienne, elle, reste massive : 137,1 % du PIB en 2025, attendue à 138,5 % en 2026, après avoir inversé sa trajectoire baissière en 2024 (CNBC).
- 03
Le gouvernement Meloni revendique 1 414 jours consécutifs au pouvoir, dépassant le record de 1 412 jours du deuxième gouvernement Berlusconi (2001-2005) (ABC News).
ANALYSE
Washington, 5 septembre 2026. Aux États-Unis, la presse économique retient de la longévité record de Giorgia Meloni moins un fait politique qu'un verdict de marché. CNBC ouvre son récit non par le meeting de Bari mais par les investisseurs internationaux : la stabilité gouvernementale a redonné de l'attrait à l'Italie, mais « la longévité ne suffit pas », tempère Paolo Gentiloni, ancien chef du gouvernement, cité par la chaîne. Vendredi 4 septembre 2026, le gouvernement Meloni a franchi les 1 413 jours consécutifs au pouvoir, dépassant le record du deuxième gouvernement Berlusconi, ce que la présidente du Conseil a célébré lors d'un rassemblement au port de Bari.
Le prisme retenu à Washington est celui des chiffres : le déficit public, tombé de 7,4 % du PIB en 2023 à 3,1 % en 2025, l'écart de taux avec l'Allemagne resserré depuis fin 2022, mais aussi une dette qui reste massive, à 137,1 % du PIB en 2025 et attendue à 138,5 % cette année. Mario Monti, ancien président du Conseil, livre une lecture plus corrosive : Meloni a duré, dit-il, parce qu'elle est « une politicienne très habile » qui « n'a pas fait grand-chose », évitant les confrontations qui auraient pu moderniser l'économie au prix de sa popularité. Enrico Letta, autre ex-chef de gouvernement, relativise la stabilité intérieure face aux tensions européennes sur l'immigration et Schengen qu'il juge plus décisives pour l'image du pays. Les gérants obligataires interrogés par CNBC pointent le même paradoxe : Lauren Hyslop, de Mattioli Woods, loue une présidente du Conseil devenue « une pragmatique budgétaire plutôt qu'une populiste », quand Ken Egan, de l'agence KBRA, relève que la prime de risque politique italienne « s'est nettement estompée ».
Le meeting de Bari lui-même, et la formule de Meloni sur l'Italie « de nouveau prise au sérieux », occupent une place secondaire dans ce traitement centré sur les investisseurs. ABC News, en revanche, restitue davantage l'événement politique : le chiffre de 1 414 jours revendiqué par l'entourage de Meloni, la déclaration sur son gouvernement ayant « nagé dans la glu » sans jamais renoncer, et le satisfecit de partisans venus des Pouilles. Les deux récits américains convergent toutefois sur un point : la question qui se pose désormais n'est plus la survie du gouvernement, mais sa capacité à convaincre les électeurs qu'il a fait assez, à l'approche des législatives de 2027.
