ANGLE DOMINANT
Paris pointe les contradictions d'une opération hors norme : SpaceX affiche des pertes abyssales tout en visant une valorisation cent fois son chiffre d'affaires, tandis qu'Elon Musk s'apprête à régner sur Wall Street avec 85 % des droits de vote.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Valorisation visée entre 1 750 et 2 000 milliards de dollars, soit près de cent fois le CA annuel de 18,7 milliards — record absolu face aux 25,6 milliards levés par Saudi Aramco en 2019
- 02
Perte nette de 4,9 milliards de dollars en 2025, dette de 29 milliards, et dépenses IA atteignant 7,7 milliards au seul T1 2026
- 03
Elon Musk conservera 85 % des droits de vote avec 42 % du capital via des actions de classe B à dix voix chacune
ANALYSE
Paris, 21 mai 2026. Le dossier d'introduction en Bourse de SpaceX, rendu public mercredi 20 mai auprès du gendarme boursier américain (SEC), a suscité en France une couverture dense et sceptique. Le Monde et France 24 ont consacré plusieurs articles à l'événement, insistant moins sur l'exploit technologique que sur l'arithmétique financière troublante qui sous-tend l'opération.
Les chiffres sont vertigineux. SpaceX espère lever entre 75 et 80 milliards de dollars lors de sa cotation au Nasdaq, prévue à partir du 12 juin sous le symbole SPCX. La valorisation visée, comprise entre 1 750 et 2 000 milliards de dollars, représenterait près de cent fois le chiffre d'affaires annuel de l'entreprise — 18,7 milliards de dollars en 2025. Pour comparaison, l'introduction en Bourse de Saudi Aramco, qui détenait jusqu'ici le record mondial avec 25,6 milliards de dollars levés en 2019, serait réduite à un épisode mineur de l'histoire financière.
Mais la presse française insiste sur le revers de ce tableau. En 2025, SpaceX a terminé l'exercice avec une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars et une perte nette après impôts de 4,9 milliards. L'entreprise porte par ailleurs une dette de 29 milliards de dollars, alimentée par ses lourds investissements dans le programme Starship, le déploiement de Starlink et, depuis l'absorption de xAI en février, dans l'intelligence artificielle. Le segment IA a lui seul enregistré une perte opérationnelle de 6,4 milliards de dollars en 2025, pour des dépenses d'investissement atteignant 12,7 milliards sur l'année et 7,7 milliards pour le seul premier trimestre 2026.
L'unique moteur financier solide identifié par les médias français est Starlink. Le réseau d'internet par satellite a généré 11,4 milliards de dollars de revenus en 2025, en hausse de près de 50 % sur un an, et représente la grande majorité du chiffre d'affaires consolidé. Un contrat avec Anthropic, concurrent d'OpenAI, prévoit également la location de capacités de calcul dans les centres de données COLOSSUS pour 1,25 milliard de dollars par mois jusqu'en mai 2029.
La structure de gouvernance retient également l'attention. Via un mécanisme d'actions de classe B valant chacune dix voix ordinaires, Elon Musk conservera environ 85 % des droits de vote tout en ne détenant plus que 42 % du capital — contre 51 % actuellement. Le document de la SEC lui-même avertit que Musk « aura le pouvoir de contrôler l'issue des questions nécessitant l'approbation des actionnaires ». Le Monde souligne que cette configuration permettrait à l'entrepreneur d'échapper aux frictions de gouvernance qui ont régulièrement agité son mandat chez Tesla.
SOURCES (4)
- France 24 ENMOYEN
