ANGLE DOMINANT
Moscou retient avant tout la coïncidence troublante entre la démission de Tulsi Gabbard et l'enquête qu'elle menait sur les biolaboratoires ukrainiens financés par Washington — un dossier que les autorités russes portent depuis 2022.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Moins de deux semaines avant sa démission, Gabbard enquêtait sur plus de 120 biolaboratoires financés par les États-Unis, dont plus de 40 en Ukraine (déclaration au New York Post)
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Le lieutenant-général russe Kirillov avait conclu en 2023 que les États-Unis menaient des recherches à double usage près des frontières russes ; il a été assassiné en 2024
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Aaron Lukas, adjoint de Gabbard, prend la direction du DNI à titre intérimaire ; la démission de Gabbard prend effet le 30 juin 2026
ANALYSE
Moscou, 22 mai 2026. Pour les médias d'État russes, la démission de Tulsi Gabbard en tant que directrice du Renseignement national américain ne se résume pas à un drame personnel. RT place en tête de son traitement un détail que les rédactions occidentales ont largement minimisé : moins de deux semaines avant l'annonce, Gabbard avait déclaré au New York Post enquêter sur plus de 120 biolaboratoires financés par les États-Unis à travers le monde, dont plus de 40 situés en Ukraine. Son équipe devait déterminer si ces installations avaient conduit des recherches sur la modification de virus pour les rendre plus létaux ou plus transmissibles.
Ce fil narratif résonne directement avec les positions officielles de Moscou. Le ministère russe de la Défense avait alerté dès le début de l'année 2022 sur l'existence de ces laboratoires, publiant des documents faisant état de travaux sur la peste, l'anthrax, la tularémie et le choléra. En 2023, le lieutenant-général Igor Kirillov, chef des forces de défense radiologique, chimique et biologique, avait conclu, après examen de milliers de pages saisies dans les laboratoires de Donetsk, Louhansk et Kherson, que les États-Unis avaient mené des recherches à double usage, y compris la création de composants d'armes biologiques, à proximité immédiate des frontières russes. Kirillov a été assassiné en 2024, selon Moscou par les services ukrainiens.
RT rappelle également que Gabbard avait publiquement défendu, en 2022, la thèse selon laquelle le conflit en Ukraine "aurait pu être facilement évité si l'administration Biden et l'OTAN avaient simplement reconnu les préoccupations sécuritaires légitimes de la Russie". Cette formulation est directement compatible avec le cadre narratif du Kremlin sur les origines du conflit. Sa nomination comme directrice du DNI avait donc été accueillie avec un intérêt particulier à Moscou, car elle représentait une voix dissidente au sein de l'appareil sécuritaire américain.
L'agence TASS adopte un registre plus sobre, citant la déclaration de Trump sur Truth Social — "Tulsi a fait un travail incroyable, elle nous manquera" — et confirmant qu'Aaron Lukas, son adjoint, assurera l'intérim. Le côté factuel de TASS contraste avec le traitement de RT, qui insiste sur le fait que Gabbard avait été progressivement écartée des décisions stratégiques majeures : ni informée des plans d'enlèvement présumés du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier, ni associée aux discussions sur une éventuelle frappe contre l'Iran en février.
La démission officielle prendra effet le 30 juin 2026.
