ANGLE DOMINANT
Paris suit avec une attention soutenue la nouvelle flambée d'Ebola en RDC, insistant sur la dimension régionale de la crise et sur l'absence totale de vaccin contre le variant en circulation, deux facteurs qui fondent la gravité de la déclaration de l'OMS.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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L'OMS a déclaré une USPPI le 17 mai 2026 : 246 cas suspects et 80 morts suspects en Ituri, 8 cas confirmés en laboratoire, 88 morts selon l'Africa CDC
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Le variant Bundibugyo en circulation n'a ni vaccin ni traitement disponible, à la différence de la souche Zaïre couverte par les vaccins existants
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Un cas confirmé à Goma et un décès à Kampala attestent que l'épidémie a franchi les frontières ; le pont Nizi, effondré en novembre 2025, bloque l'accès logistique au foyer
ANALYSE
Paris, 17 mai 2026. L'Organisation mondiale de la santé a déclenché dimanche une « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI) face à l'épidémie d'Ebola qui frappe la province d'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. La décision du directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus précise que le virus « constitue une USPPI, mais ne répond pas aux critères d'une urgence pandémique » — le niveau supérieur introduit par les amendements au Règlement sanitaire international adoptés en juin 2024.
La gravité de la situation tient en grande partie à la nature même du pathogène. C'est le variant Bundibugyo d'Ebola qui circule en Ituri, contre lequel il n'existe aucun vaccin ni traitement. Cette particularité distingue radicalement l'épidémie actuelle des précédentes flambées à souche Zaïre, pour lesquelles des outils médicaux ont été développés. Le taux de létalité moyen du virus est estimé à 50 % par l'OMS, les flambées antérieures ayant enregistré des taux allant de 25 % à 90 %.
Au 16 mai, l'OMS avait confirmé huit cas en laboratoire et recensé 246 cas suspects et 80 morts suspects dans la province d'Ituri. L'Africa CDC, agence sanitaire de l'Union africaine, donnait de son côté 336 cas suspects et 88 décès vraisemblablement liés au virus. L'écart entre cas confirmés et cas suspects reflète une réalité de terrain : le foyer épidémique se situe dans une zone d'accès extrêmement difficile. Le pont Nizi, principal ouvrage de l'axe Iga Barrière-Mongwalu, s'est effondré en novembre 2025 et n'a pas été reconstruit, rendant l'acheminement des équipes médicales et du matériel de laboratoire quasi impossible. « Il n'y a pas de lieu pour isoler les malades. Ils décèdent à domicile et leurs corps sont manipulés par les membres de leurs familles », a témoigné Isaac Nyakulinda, représentant de la société civile à Rwampara, contacté par l'AFP.
La crise a désormais franchi les frontières nationales. Un Congolais de 59 ans, parti de la province d'Ituri, a été hospitalisé le 11 mai à Kampala et est décédé trois jours plus tard — premier mort d'Ebola en Ouganda dans cette épidémie. Sa dépouille a ensuite été rapatriée en RDC, soulevant des interrogations sur les chaînes de transmission liées aux rites funéraires. Un premier cas a par ailleurs été confirmé à Goma, grande ville de l'est du pays : il s'agit de la femme d'un homme mort du virus à Bunia, qui a rejoint Goma après le décès de son époux, selon le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'Institut national de recherche biomédicale congolais. Le Soudan du Sud est en alerte, le Kenya renforce ses préparatifs et les États-Unis déconseillent désormais tout voyage en Ituri à leurs ressortissants.
