Le saxophoniste ténor Sonny Rollins est mort à 95 ans à son domicile de Woodstock, dans l'État de New York, selon sa porte-parole Terri Hinte. Figure majeure du jazz d'après-guerre, il est unanimement reconnu comme l'un des saxophonistes les plus influents de l'histoire de cette musique, aux côtés de John Coltrane et Charlie Parker. Sa carrière s'inscrit dans la constellation du bebop et du hard bop des années 1940 et 1950, marquée par des collaborations documentées avec Miles Davis, Thelonious Monk, Max Roach et Charlie Parker.
Son album Saxophone Colossus, paru en 1956, est cité partout comme une œuvre fondatrice et un jalon incontournable. Sa disparition est largement interprétée comme la clôture d'une époque pionnière de la musique moderne du XXe siècle, à un moment où le jazz américain est reconnu comme un patrimoine culturel à l'échelle mondiale, mais reçu de façon différenciée selon les traditions nationales.
La lecture de son héritage varie d'un acteur à l'autre. Certains privilégient un cadrage patrimonial, centré sur la longévité et la stature légendaire de l'artiste. D'autres insistent davantage sur sa philosophie créatrice, faite d'insatisfaction et d'ascèse, illustrée par ses retraites volontaires, dont celle passée à répéter sur le pont de Williamsburg.
Plusieurs aspects de son parcours restent inégalement traités. Ses origines familiales antillaises et leur influence sur son goût pour le calypso, son ancrage afro-américain et son rapport au mouvement des droits civiques, ou encore sa participation à l'album Tattoo You des Rolling Stones en 1981, ne sont mis en avant que par une partie des regards. Ce contraste révèle une réception qui tend à universaliser son œuvre musicale tout en laissant souvent de côté le contexte social et racial dans lequel elle s'est forgée.