ANGLE DOMINANT
Ottawa mesure dans la secousse de Berlin un risque pour la cohésion de l'OTAN et le soutien à l'Ukraine, plus qu'une simple crise de politique intérieure allemande.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
L'AfD a recueilli près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt, remportant 39 des 83 sièges du Landtag, à trois sièges de la majorité absolue (Globe and Mail).
- 02
Friedrich Merz a qualifié le scrutin de pire défaite électorale de la CDU « depuis des années, depuis des décennies » tout en écartant toute démission : « Abandonner n'est pas une option pour moi » (Global News, Globe and Mail).
- 03
Des responsables étrangers ont réagi publiquement : le premier ministre polonais Donald Tusk, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le ministre français de l'Économie Roland Lescure ont tous critiqué la percée de l'AfD (Globe and Mail).
ANALYSE
Ottawa, 8 septembre 2026. Le chancelier allemand n'a pas démissionné, il n'a pas été renversé : il a doublé la mise. Au lendemain de la percée de l'AfD en Saxe-Anhalt, où l'extrême droite a recueilli près de 44 % des voix, Friedrich Merz est apparu devant la presse pour reconnaître, selon le Globe and Mail, que le scrutin « ébranle notre parti jusque dans ses fondations », avant d'ajouter en conférence de presse : « Nous sommes tous profondément choqués. » Il a qualifié le résultat de pire défaite électorale de la CDU « depuis des années, depuis des décennies », mais a écarté toute idée de retrait : « Abandonner n'est pas une option pour moi. »
Pour la presse canadienne, ce qui se joue à Berlin dépasse la seule politique intérieure allemande. Le Globe and Mail souligne que le résultat a aussi « déclenché l'alarme chez les voisins de l'Allemagne, la France et la Pologne ». Le premier ministre polonais Donald Tusk a écrit sur X qu'« en Pologne, seuls des idiots ou des traîtres pourraient se réjouir du triomphe de l'AfD en Allemagne », tandis que le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a dénoncé une plateforme « qui trahit l'esprit européen ». Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a lui parlé d'un « signal très, très inquiétant ».
Global News rappelle que Merz a voulu rassurer les alliés de l'Allemagne : « nos institutions sont résilientes et stables », a-t-il affirmé, promettant de ne pas dévier « d'un millimètre » de sa conviction qu'il faut défendre la liberté face à la Russie. L'enjeu, pour Ottawa, tient à la fiabilité de Berlin comme pilier de l'OTAN et soutien de Kiev : l'AfD, pro-russe et hostile à l'aide à l'Ukraine, ne manque que de trois sièges pour la majorité absolue au Landtag de Magdebourg et pourrait s'appuyer sur le parti de gauche radicale BSW, lui aussi favorable à un rapprochement avec Moscou.
L'Allemagne affronte deux autres scrutins régionaux le 20 septembre, à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où l'AfD est également forte — un calendrier qui, vu du Canada, transforme chaque élection de Land en test de la stabilité du plus grand partenaire économique de l'Union européenne.
