ANGLE DOMINANT
France mesure la disparition d'un dirigeant qui a redessiné les équilibres du Golfe, du financement de Gaza au lancement d'Al-Jazira, bien plus que le décès d'un simple ex-monarque retiré du pouvoir.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Cheikh Hamad a régné de 1995 à 2013 après avoir déposé son père lors d'une révolution de palais sans effusion de sang, pendant un voyage de ce dernier en Suisse.
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Il a créé la Qatar Investment Authority et fait du Qatar l'un des plus grands producteurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, tout en finançant des projets à Gaza (un hôpital porte son nom).
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Il a lancé Al-Jazira en 1996 puis abdiqué volontairement en 2013 en faveur de son fils Cheikh Tamim, un geste rare dans la région.
ANALYSE
Paris, 13 juillet 2026. Les médias français ont largement relayé dimanche l'annonce, par le gouvernement qatari, de la mort de l'ancien émir Cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, décédé à 72 ans. « C'est avec des cœurs résolus dans la foi en la volonté et au destin de Dieu que le Diwan de l'émir pleure la disparition de Son Altesse l'émir père, une grande perte pour la nation », a annoncé le bureau de l'émir, cité par RFI et Le Monde. Une prière funéraire a été organisée dimanche soir, accompagnée d'un deuil officiel de plusieurs jours : administrations fermées, institutions publiques à l'arrêt, drapeaux en berne.
RFI rappelle le parcours singulier du défunt, qui avait déposé son propre père, le cheikh Khalifa, lors d'une révolution de palais en 1995, sans effusion de sang, profitant d'un déplacement de ce dernier en Suisse. Arrivé à la tête d'un émirat alors marginal, aux caisses presque vides, il en a fait en quelques années l'un des plus grands producteurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, en s'appuyant notamment sur la création de la Qatar Investment Authority, fonds souverain chargé d'investir des milliards de dollars à l'étranger. C'est également sous son règne que le Qatar a commencé à verser des centaines de millions de dollars à la bande de Gaza, finançant des projets routiers le long du littoral ; un hôpital de la ville de Gaza porte aujourd'hui son nom.
Le Monde souligne un autre pan de son héritage : le lancement, en 1996, de la chaîne Al-Jazira, devenue un outil d'influence régionale majeur. Le journal insiste également sur la rareté de son geste final : en 2013, Cheikh Hamad a créé la surprise en abdiquant volontairement en faveur de son quatrième fils, le cheikh Tamim, dans un Moyen-Orient où les dirigeants se maintiennent le plus souvent au pouvoir jusqu'à leur dernier souffle.
C'est précisément ce contraste que retiennent les rédactions françaises pour résumer un règne jugé fondateur pour le Qatar moderne : un État minuscule et démuni transformé, en moins de deux décennies, en poids lourd du gaz naturel liquéfié, de la finance souveraine et de la médiation régionale, puis remis pacifiquement entre les mains d'un successeur choisi de son vivant. Dans un Golfe où les transmissions de pouvoir se jouent rarement dans la sérénité, cette double trajectoire - bâtisseur d'influence, puis retrait volontaire - constitue, pour la presse française, la clé de lecture d'un héritage qui dépasse largement les frontières de l'émirat.
