ANGLE DOMINANT
Berlin mesure avec inquiétude l'escalade entre les deux puissances nucléaires Pakistan et Afghanistan, scrutant les bilans contradictoires — 29 militants selon Islamabad, 36 civils dont des femmes et enfants selon Kaboul — et les implications régionales d'un conflit que le Pakistan qualifie d'« guerre ouverte » depuis fin février.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le Pakistan annonce 29 extrémistes tués dans les provinces afghanes de Paktia, Paktika et Kunar, en riposte à un attentat à Karachi revendiqué par le groupe JuA qui a tué 3 soldats
- 02
Le gouvernement taliban dément et signale au moins 36 civils tués dont des femmes et des enfants ; la chaîne Tolonews évoque plus de 30 morts et plus de 100 blessés
- 03
Depuis fin février, Islamabad décrit ce conflit comme une « guerre ouverte » ; des centaines de personnes ont péri dans ces échanges transfrontaliers depuis l'automne dernier
ANALYSE
Berlin, 28 juin 2026. Berlin mesure avec inquiétude le retour des frappes transfrontalières entre le Pakistan et l'Afghanistan, dans un conflit qui s'est transformé, depuis la fin février, en ce qu'Islamabad qualifie lui-même d'« guerre ouverte ».
Le Pakistan a annoncé avoir tué 29 extrémistes lors d'une opération conjointe terrestre et aérienne menée dans les provinces afghanes de Paktia, Paktika et Kunar. Le ministre de l'Information Ataullah Tarar a présenté ces frappes comme une réponse directe à un attentat commis à Karachi, où trois membres des forces de sécurité avaient été tués le samedi précédent. Le groupe Jamaat-ul-Ahrar (JuA), une faction dissidente des talibans pakistanais (TTP), a revendiqué l'attaque. Le militaire pakistanais a précisé que l'un des assaillants abattus était de nationalité afghane.
Kaboul présente un bilan radicalement différent. Le porte-parole du gouvernement taliban, Sabiullah Mudschahid, a affirmé que les frappes avaient tué et blessé des dizaines de civils, dont des femmes et des enfants. La chaîne afghane Tolonews a évoqué plus de 30 morts et plus de 100 blessés. « Nous condamnons cette agression lâche avec la plus grande fermeté et la considérons comme un crime et un acte de brutalité », a déclaré le porte-parole taliban. Les deux gouvernements ont convoqué les représentants diplomatiques de l'autre camp.
La presse allemande — Tagesschau, ZEIT Online et Handelsblatt — rappelle que ce conflit couve depuis l'automne dernier et que, depuis fin février, des centaines de personnes ont péri dans ces échanges de tirs transfrontaliers. Une phase d'accalmie relative avait précédé ce regain de violence. Islamabad accuse de longue date Kaboul d'offrir refuge à la TTP, qui conduit des attaques meurtrières sur le sol pakistanais. Les talibans afghans, bien qu'organisationnellement distincts de la TTP, entretiennent avec elle des liens d'alliance.
Ce qui retient l'attention de la presse allemande, c'est l'asymétrie des récits : d'un côté une puissance nucléaire qui présente l'opération comme une frappe antiterroriste ciblée, de l'autre un gouvernement taliban qui dénonce un massacre de civils. L'absence d'observateurs indépendants dans les zones touchées rend toute vérification quasi impossible. La tension diplomatique qui s'ensuit — convocation des ambassadeurs, condamnations réciproques — illustre un glissement progressif vers une crise régionale durable entre deux voisins armés.
