ANGLE DOMINANT
Moscou mesure l'opération pakistanaise à l'aune de la sécurité de l'Asie centrale, y décelant la preuve que le régime taliban ne contrôle plus les groupes extrémistes opérant depuis son territoire.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le Pakistan a mené l'opération Ghazb Lil-Haq, ciblant les provinces afghanes de Paktia, Paktika et Kunar, et annonce 29 militants de Jamaat-ul-Ahrar et Fitna al-Khwarij éliminés
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Le gouvernement taliban conteste le bilan officiel pakistanais, faisant état de 36 civils tués et 163 blessés lors des frappes
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L'OTSC a signalé des tirs en direction du Tadjikistan depuis la frontière nord de l'Afghanistan, élargissant la menace sécuritaire à l'ensemble de l'Asie centrale
ANALYSE
Moscou, 29 juin 2026. La Russie analyse cette crise entre Islamabad et Kaboul à travers le prisme de ses propres intérêts stratégiques en Asie centrale. Les médias russes encadrent l'opération pakistanaise comme une riposte antiterroriste légitime, tout en soulignant le risque systémique que représente un Afghanistan déstabilisé pour toute la région.
RT et RIA Novosti rapportent les faits tels que présentés par Islamabad : le Pakistan a mené l'opération Ghazb Lil-Haq en réponse à une attaque terroriste contre un camp de la gendarmerie des Rangers du Sindh à Karachi — trois soldats tués dans la nuit du 28 juin. Les frappes aériennes et terrestres ont ciblé les provinces afghanes de Paktia, Paktika et Kunar, où sont installés les camps de Jamaat-ul-Ahrar et de Fitna al-Khwarij. RIA Novosti qualifie ces groupes de « kharidjites », membres de l'organisation terroriste Daech (interdite en Russie), reprenant le cadrage officiel d'Islamabad. Le bilan pakistanais annonce 29 militants éliminés ; le gouvernement taliban conteste ce chiffre, affirmant que 36 civils ont perdu la vie et 163 autres ont été blessés.
Kommersant adopte une grille d'analyse plus large, intitulant son article « Le problème central de l'Asie centrale ». Le quotidien économique souligne l'incapacité du régime taliban à contenir les groupes extrémistes qui opèrent depuis le sol afghan. Il relève également que l'OTSC a signalé des tirs en direction du Tadjikistan depuis la frontière nord de l'Afghanistan, inscrivant l'épisode dans un schéma d'insécurité régionale qui préoccupe directement Moscou et ses alliés centro-asiatiques.
La perspective russe insiste sur la récurrence des crises : les relations Pakistan-Afghanistan ont « à plusieurs reprises frôlé le bord d'une guerre régionale », rappelle Kommersant. Ce cycle d'attaques et de représailles fragilise la stabilité d'un couloir stratégique que Moscou surveille depuis sa présence maintenue dans les formats régionaux. Pour la Russie, l'épisode illustre avant tout l'incapacité du régime taliban à tenir le rôle de garant de la sécurité que lui assignait implicitement Islamabad depuis le retrait américain de 2021.
Aucun des médias russes ne formule de critique directe envers le Pakistan ; la légitimité de l'opération antiterroriste n'est pas remise en question. L'accent est mis sur la menace que font peser ces groupes sur les voisins centro-asiatiques de la Russie plutôt que sur les conséquences humanitaires pour les civils afghans.
