ANGLE DOMINANT
Brasília scrute la dérive xénophobe de Johannesburg : 25 000 migrants déplacés, quatre morts, et un mouvement qui promet des marches hebdomadaires sur six mois.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Près de 25 000 personnes du Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigéria et Ghana ont fui l'Afrique du Sud avant l'ultimatum du 30 juin (Jornal de Brasília)
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Au moins quatre personnes ont été tuées et des milliers d'étrangers ont été chassés de leurs logements lors des marches du 30 juin (G1 Globo)
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Des politiciens sud-africains seraient accusés de s'allier à la xénophobie pour séduire les électeurs avant les élections locales de novembre (G1 Globo)
ANALYSE
Brasília, 1er juillet 2026. La crise xénophobe qui secoue l'Afrique du Sud depuis des semaines retient l'attention de la presse brésilienne. Pays marqué par ses propres flux migratoires et ses liens historiques avec le continent africain, le Brésil suit avec préoccupation la montée des violences organisées contre les migrants subsahariens.
Le 30 juin marquait l'échéance d'un ultimatum sans base légale, lancé par des groupes anti-immigration qui exigeaient le départ de tous les étrangers en situation irrégulière. Des milliers de manifestants ont défilé à Johannesburg et Durban, certains armés de bâtons et de boucliers traditionnels zoulous, brandissant les couleurs nationales. Si la police a qualifié les marches de « globalement pacifiques », le bilan humain est lourd : selon G1 Globo, au moins quatre personnes ont été tuées, des milliers d'étrangers ont été chassés de leurs logements, et commerces et propriétés ont été vandalisés.
L'ampleur des déplacements humains frappe les correspondants brésiliens : près de 25 000 personnes originaires du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigéria et du Ghana avaient quitté le pays avant même ce 30 juin, abandonnant biens et parfois partenaires sud-africains. À Johannesburg, Cape Town et Pietermaritzburg, des centaines d'étrangers attendaient dans des campements improvisés devant leurs consulats.
Le Jornal de Brasília cite des manifestants qui illustrent les ressorts économiques du ressentiment : « Il est difficile de louer un logement car les prix sont très élevés, et les étrangers en situation irrégulière peuvent se le permettre parce qu'ils vendent de la drogue à notre population », déclare Brightness Gumbi, 48 ans, vendeuse à Durban. Une autre manifestante, Silindile Xaba, 31 ans, résume : « Les gens ne travaillent pas, les emplois sont pris par des étrangers illégaux. Ce n'est pas juste. »
G1 Globo soulève une dimension politique préoccupante : des élus seraient accusés de s'allier à la xénophobie pour séduire l'électorat avant les élections locales de novembre. La leader du mouvement « March and March », Jacinta Ngobese, a promis depuis Durban des marches hebdomadaires pendant six mois pour expulser les immigrés « immeuble par immeuble ». L'Afrique du Sud abrite quelque trois millions d'étrangers — 5,1 % de sa population —, attirés par la première économie du continent.
Cette violence s'inscrit dans un schéma récurrent : le pays avait connu des épisodes xénophobes graves en 2008 et 2015. La police a mobilisé véhicules blindés et hélicoptères, allant jusqu'à tirer des coups de feu à Benoni, dans l'est de Johannesburg, après avoir été menacée par quelque 500 manifestants.
