ANGLE DOMINANT
Berlin retient la mémoire d'une politique déjà tentée : la peur du retour de la fumigation au glyphosate, incarnée par un paysan du Putumayo, pèse autant que l'alliance affichée avec Washington.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Deutsche Welle cite De la Espriella affirmant que « l'option du dialogue est totalement épuisée » avec les groupes armés.
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Le paysan Martín, cultivateur de coca à Putumayo, témoigne dans Tagesschau : « sans la coca je ne peux pas survivre ».
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Tagesschau rappelle qu'au début des années 2000, la fumigation au glyphosate sous Álvaro Uribe avait aussi détruit bananiers et manioc, privant des paysans de leurs moyens de subsistance.
ANALYSE
Berlin, 8 août 2026. Pour les rédactions allemandes, l'investiture d'Abelardo de la Espriella à Cali se lit à travers deux souvenirs : celui, encore vif, de l'ère Uribe et de ses champs de coca détruits au glyphosate, et celui d'un basculement géopolitique vers Washington. Deutsche Welle décrit un « allié de Trump » qui fait « basculer la nation andine vers la droite » après une victoire serrée, le 21 juin, face au sénateur Iván Cepeda, allié du président sortant Gustavo Petro. Dans son premier discours, prononcé après la prestation de serment, De la Espriella a jugé que « l'option du dialogue est totalement épuisée », promettant de restaurer « ordre, autorité et liberté » et évoquant l'ouverture de « méga-prisons » pour les rebelles et narcotrafiquants capturés.
Mais c'est Tagesschau qui apporte la nuance la plus originale du dossier allemand : plutôt que la cérémonie de Cali, la chaîne publique choisit de raconter Putumayo, région du sud du pays où le paysan Martín cultive du cacao, des bananes plantain et, faute d'alternative, de la coca. « Je ne suis pas un narcotrafiquant et je ne veux nuire à personne, mais sans la coca je ne peux pas survivre », témoigne-t-il. La perspective de voir revenir la fumigation aérienne réveille chez lui le souvenir du président ultra-conservateur Álvaro Uribe, qui avait fait détruire des plantations au glyphosate au début des années 2000 : « à l'époque, ce n'étaient pas seulement les plants de coca qui étaient détruits, les bananiers et le manioc y passaient aussi ». Beaucoup de paysans avaient alors perdu leur moyen de subsistance sans recevoir d'alternative — une crainte que Tagesschau relie directement à la promesse de De la Espriella de fumiger de nouveau les cultures.
Les deux médias notent le choix inhabituel de Cali plutôt que Bogotá, ville proche des corridors du narcotrafic et de la côte Pacifique, ainsi que la liste des invités de marque : le roi Felipe VI, le procureur général américain par intérim Todd Blanche, le président de la FIFA Gianni Infantino, et les présidents Milei, Noboa et Kast. Gustavo Petro, absent, a appelé à des manifestations en dénonçant une fraude électorale sans apporter de preuves — un point que Deutsche Welle relève sans le commenter davantage. Pour les rédactions allemandes, l'accent mis sur le sort des paysans du Putumayo contraste avec la focale strictement sécuritaire et diplomatique retenue ailleurs, signe d'une lecture davantage sociale que géopolitique de ce changement de pouvoir.
