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BREXIT, DIX ANS APRÈS : BILAN D'UNE DÉCENNIE DE DIVORCE
Berlin mesure avec une lucidité désabusée le bilan d'une décennie de séparation : les dommages économiques britanniques ont dépassé les pires projections, tandis que l'Allemagne perd en Keir Starmer l'un de ses rares interlocuteurs fiables côté londonien.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
Berlin, 23 juin 2026. Il y a dix ans, le matin du 24 juin 2016, Frank-Walter Steinmeier — alors ministre des Affaires étrangères, aujourd'hui président fédéral — qualifiait le résultat du référendum de « désastre ». Angela Merkel parlait d'une « coupure profonde pour l'Europe ». Une minorité seulement, en Allemagne, avait anticipé ce séisme. La presse allemande rappelle aujourd'hui que la campagne britannique pour « reprendre le contrôle », portée notamment par Boris Johnson, avait été largement sous-estimée à Berlin.
Dix ans plus tard, le verdict économique est sans appel. La FAZ, qui titre sur « le bilan amer des Britanniques en six graphiques », note que les dommages commerciaux se révèlent encore plus importants que ce qui avait été redouté en 2016. Le Handelsblatt va plus loin dans l'analyse politique : le Brexit, plaide-t-il, constitue le véritable épicentre du tremblement de terre populiste mondial, antérieur de quatre mois à l'élection de Donald Trump. Que Trump se soit présenté lui-même comme « Mr. Brexit » durant sa campagne de 2016 n'était, selon le journal économique, pas un hasard.
Sur le plan institutionnel, la Tagesschau recense six Premiers ministres en dix ans — de Cameron à Starmer — et pointe que Londres se dirige désormais vers un septième gouvernement. David Cameron avait convoqué le référendum pour neutraliser les eurosceptiques de son propre parti ; l'opération s'est retournée contre lui dès le lendemain. Theresa May a échoué face aux partisans du Brexit dur dans ses rangs. Boris Johnson, qui a finalisé la sortie, a lui-même été emporté peu après. Liz Truss n'a duré que 49 jours, sa politique économique ayant semé la panique sur les marchés financiers. Rishi Sunak a sacrifié son poste sur des élections anticipées que les conservateurs ont perdues.
Keir Starmer, arrivé au pouvoir avec une majorité confortable en juillet 2024, a lui aussi dû annoncer sa démission sous pression de son propre groupe parlementaire. C'est là que le bilan prend une tonalité plus personnelle pour Berlin. Deutsche Welle rapporte que la porte-parole du gouvernement fédéral a déclaré : « Le gouvernement fédéral a toujours eu en Keir Starmer un partenaire fiable et proche sur les questions de politique étrangère, notamment concernant l'Ukraine. » Andy Burnham, ancien maire du Grand Manchester, est pressenti pour lui succéder.
Le Handelsblatt identifie pour la première fois des « signes sérieux » d'un débat britannique sur un éventuel retour dans l'UE, à l'occasion même de ce dixième anniversaire. Un tel retour représenterait, selon le journal, « un signal d'arrêt pour l'avancée mondiale des populistes de droite et des autocrates ».
Cadrage économique dominant : les articles allemands privilégient le bilan chiffré des pertes commerciales, au détriment d'une analyse des gains souverains revendiqués par les partisans du Brexit.
Préférence pour la stabilité européenne : la couverture présente systématiquement l'instabilité politique britannique comme la conséquence directe du Brexit, sans distinguer les facteurs internes propres à la politique britannique.
Faible couverture des voix pro-Brexit : les partisans actuels du maintien hors de l'UE sont quasi absents du panorama médiatique allemand, qui donne la primeur aux mouvements pro-retour.
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