ANGLE DOMINANT
Buenos Aires décrypte moins une crise diplomatique avec le Maroc qu'une fracture interne à l'État espagnol, entre un chef de gouvernement isolé au Congrès et un rapport policier que sa propre administration semble avoir géré dans la confusion.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Sánchez a déclaré au Congrès : « à ce jour, personne n'a apporté au gouvernement de preuves permettant de conclure que l'entrée massive ait été conçue ou exécutée par les autorités marocaines »
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Un rapport du Centre national d'immigration et de frontières affirme que l'entrée fut « planifiée et guidée » par des gendarmes marocains, tandis que le directeur de la Police a nié à son ministre l'existence d'un tel rapport
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Les estimations du nombre d'arrivants divergent entre médias argentins : « environ 80 000 » selon Clarín contre « plus de 70 000 » selon Infobae, pour les 30 et 31 juillet
ANALYSE
Buenos Aires, 4 septembre 2026. La comparution de Pedro Sánchez devant le Congrès des députés, jeudi, est lue depuis Buenos Aires comme l'aveu d'un isolement plutôt que comme une clarification. Le chef du gouvernement espagnol a répété : « à ce jour, personne n'a apporté au gouvernement de preuves permettant de conclure que l'entrée massive ait été conçue ou exécutée par les autorités marocaines ». Cette défense intervient un jour après la révélation d'un rapport du Centre national d'immigration et de frontières de la Police nationale, transmis à une juge de l'Audience nationale, qui affirme au contraire que l'entrée de dizaines de milliers de personnes fut « planifiée et guidée » par des gendarmes marocains.
Cette discordance, plus que le différend avec Rabat lui-même, structure le récit argentin. Selon Infobae, le directeur général de la Police, Francisco Pardo, a assuré au ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska qu'aucun rapport de ce type n'existait, alors que le document circulait déjà devant la justice. Une source du ministère évoque des responsables qui ne « contrôlent plus » des forces de sécurité considérant le gouvernement Sánchez « amorti ».
Les chiffres varient selon les sources consultées : Clarín évoque « environ 80 000 personnes » entrées les 30 et 31 juillet, Infobae « plus de 70 000 ». Environ 5 000 migrants, dont 1 200 mineurs non accompagnés, restent à Ceuta faute de moyens d'accueil.
L'opposition n'a pas ménagé Sánchez. Le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, l'a accusé d'être « plus proche du Maroc que de l'Espagne dans son ensemble » et a réclamé sa démission. Le leader de Vox, Santiago Abascal, a affirmé que le gouvernement savait, avant le 30 juillet, qu'une entrée massive était possible.
La rue a suivi : selon la délégation du gouvernement, 50 000 personnes se sont rassemblées place de Cibeles à Madrid, et près de 70 000 dans les neuf capitales de Castille-et-León. Une seconde manifestation devant le Congrès, où la présence du groupe néonazi Núcleo Nacional a été signalée, a dégénéré : quatre policiers blessés, quatre interpellations dont deux mineurs.
Sánchez a révélé avoir convoqué, le 21 août, l'ambassadrice du Maroc pour des déclarations ministérielles jugées « inacceptables » sur la souveraineté de Ceuta et Melilla, un geste resté secret jusqu'à cette audition. Il a aussi évoqué une amplification de la crise par des acteurs russes et israéliens, sans preuve avancée. Le corpus argentin ne rapporte aucune réaction officielle marocaine.
