ANGLE DOMINANT
Doha analyse la loi de sanctions américaine comme un potentiel redessin du marché mondial de l'énergie, où les droits de douane visant les acheteurs de pétrole et de gaz russes pourraient rebattre les cartes en faveur des producteurs du Golfe.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
La Chambre des représentants a adopté la loi par 262 voix contre 159 le mercredi 16 septembre, après son adoption au Sénat, envoyant le texte sur le bureau de Donald Trump.
- 02
Le texte autorise des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les pays, dont la Chine et l'Inde, qui continuent d'importer du pétrole et du gaz russes.
- 03
Le ministère indien des Affaires étrangères a déclaré jeudi 17 septembre que New Delhi restait « fermement engagé » à garantir la sécurité énergétique de ses 1,4 milliard d'habitants et prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger ses intérêts commerciaux.
ANALYSE
Doha, vendredi 18 septembre 2026. Premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, le Qatar suit avec un intérêt économique marqué le vote du Congrès américain qui ouvre la voie à des droits de douane pouvant atteindre 100 % contre les pays continuant d'acheter du pétrole et du gaz russes. Mercredi 16 septembre, la Chambre des représentants a adopté le texte porté par le sénateur républicain Lindsey Graham par 262 voix contre 159, après son adoption au Sénat ; il part désormais sur le bureau de Donald Trump. La loi vise notamment la Chine et l'Inde, deux clients majeurs du pétrole russe, et cible aussi des responsables, des banques et la flotte fantôme de pétroliers utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales.
Pour la presse qatarie, l'enjeu dépasse la seule punition de Moscou : c'est une possible redistribution du marché mondial de l'énergie qui se dessine. Si les acheteurs asiatiques doivent réduire leurs importations russes sous peine de représailles tarifaires, les fournisseurs alternatifs de GNL et de pétrole, Golfe en tête, pourraient en tirer un bénéfice commercial, à condition d'éviter d'être eux-mêmes rattrapés par l'engrenage des sanctions.
Jeudi 17 septembre, le ministère indien des Affaires étrangères a répondu que New Delhi restait « fermement engagé » à garantir la sécurité énergétique de ses 1,4 milliard d'habitants par un « approvisionnement diversifié », et qu'il prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger ses intérêts commerciaux. Une position qui, vue de Doha, illustre la difficulté de convertir la loi américaine en levier réel : la clause d'exemption pour les pays important moins de 15 % de leur gaz de Russie laisse une marge de négociation, et rien n'oblige Trump à appliquer effectivement les tarifs.
Le texte prolonge aussi l'Iran Sanctions Act jusqu'en 2031, un point suivi de près dans le Golfe, où l'équilibre régional dépend en partie de la pression américaine sur Téhéran. Pour les observateurs qataris, la loi confirme surtout la volonté du Congrès, réuni sur ce dossier après plus d'un an de blocage, de transformer l'accès à l'énergie russe en variable de la diplomatie de guerre en Ukraine — une logique qui pourrait, à terme, redistribuer des parts de marché vers les producteurs du Golfe.
