ANGLE DOMINANT
Téhéran retourne l'accusation : selon la presse conservatrice, ce n'est pas un navire saoudien que l'Iran a visé, mais Washington qui frappe des pétroliers iraniens, pendant que Pékin s'invite comme médiateur du détroit.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Axios, relayé par Tasnim et Tabnak, affirme que l'armée américaine a frappé mardi deux pétroliers iraniens près des côtes iraniennes, visant leurs salles des machines par drones
- 02
L'organisme iranien de gestion de la voie navigable du golfe Persique a mis à jour sa liste des « navires contrevenants » dans le détroit d'Ormuz, incluant des signalements de la population
- 03
Xi Jinping a proposé une coopération avec les pays du Moyen-Orient pour la sécurité maritime, tandis que Pékin a opposé son veto à une résolution de l'ONU sur une coalition de sécurisation d'Ormuz et bloqué un paragraphe du G20 sur la liberté de navigation, par crainte d'un précédent pour Taïwan
ANALYSE
Téhéran, 3 septembre 2026. Alors que Ryad et le Conseil de coopération du Golfe accusent l'Iran d'avoir frappé le supertanker saoudien SIDR, la presse conservatrice iranienne développe un récit inverse. Citant l'agence américaine Axios relayée par Tasnim, Tabnak rapporte que l'armée américaine aurait frappé mardi deux pétroliers battant pavillon iranien, mouillés « près des côtes iraniennes, au nord de la ligne de blocus maritime américaine » : des drones auraient tiré des missiles sur leurs salles des machines. Un responsable américain cité par Axios évoque une politique du « pétrolier contre pétrolier » voulue par l'administration Trump pour dissuader Téhéran de viser les navires traversant Ormuz. Tabnak qualifie Axios de « média américano-sioniste » et son journaliste Barak Ravid de « bras de la guerre psychologique » de Washington et Tel-Aviv, sans démentir le contenu de la dépêche. Asr Iran, citant la même source, insiste sur l'ordre présidentiel direct de Trump, alors que celui-ci continue d'affirmer que les navires circulent librement dans le détroit et que son contrôle revient aux Etats-Unis - une contradiction relevée avec ironie par la presse iranienne. Parallèlement, l'organisme public de gestion de la voie navigable du golfe Persique a mis à jour sa liste des « navires contrevenants » dans le détroit d'Ormuz, en intégrant des signalements transmis volontairement par des habitants, précise Tabnak. Sur le plan diplomatique, Téhéran observe aussi le geste de Pékin : Xi Jinping s'est dit prêt à coopérer avec les pays du Moyen-Orient pour protéger les lignes maritimes, appelant les puissances étrangères à abandonner leurs doubles standards. La Chine a déjà opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité proposant une coalition de sécurisation du détroit, et a bloqué, lors du G20 finances d'Asheville fin août, un paragraphe commun sur la liberté de navigation à Ormuz, par crainte d'un précédent pour le détroit de Taïwan - dix-neuf membres ont dû se contenter d'une déclaration de la seule présidence américaine. Aucun média du corpus iranien ne mentionne directement le SIDR, les marins philippins tués ni le baril à 95 dollars : le narratif domestique reste centré sur la contre-accusation anti-américaine et la légalité de la liste de navires.
