ANGLE DOMINANT
Pékin privilégie une lecture juridique et économique de la crise du détroit d'Ormuz, entre litiges maritimes tranchés par des tribunaux chinois et inquiétude pour les flux pétroliers et commerciaux mondiaux.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Le ministre iranien Abbas Araghchi affirme que l'accord avec Oman sur le détroit d'Ormuz entre dans sa « phase finale », sans garantir une réouverture immédiate (SCMP).
- 02
Les Émirats arabes unis accusent l'Iran d'avoir visé au missile un pétrolier d'ADNOC dans le détroit ; la compagnie recense 15 navires attaqués depuis le début du conflit, dont trois en une seule semaine (SCMP).
- 03
La Guangzhou Maritime Court a tranché un litige de plus de 23 millions de dollars entre deux navires étrangers entrés en collision près d'Ormuz en 2025, les parties ayant choisi la justice chinoise malgré l'absence de lien avec la Chine (CGTN).
ANALYSE
Pékin, 9 août 2026. Le South China Morning Post traite la crise du détroit d'Ormuz sous un angle avant tout commercial et juridique. Le journal hongkongais rapporte les propos du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, selon qui l'accord avec Oman sur de nouvelles routes de navigation entre dans sa « phase finale », sans garantir la réouverture immédiate du détroit, celle-ci restant subordonnée à « d'autres conditions » posées à Washington. Le SCMP rappelle qu'avant le blocus de fait imposé par Téhéran, Ormuz écoulait environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Le même titre relaie la version émiratie d'une attaque au missile contre un pétrolier de la compagnie publique ADNOC en transit dans le détroit, qualifiée par Abou Dhabi d'« attaque hostile iranienne » — un incident sans victime, précise le communiqué. ADNOC indique que 15 de ses navires ont été visés depuis le début du conflit, dont trois rien que cette semaine. Le SCMP souligne que Téhéran impose de fait un blocus et cherche à faire payer un droit de passage, ce à quoi Washington s'oppose, pendant que des discussions se poursuivent avec Oman sur la gestion future de la voie maritime.
CGTN documente un autre volet du dossier : deux explosions signalées par le capitaine d'un pétrolier en transit près de Kumzar, à environ 17 kilomètres au sud-est, sans dommage à l'équipage ni pollution rapportée, selon l'organisme britannique UKMTO. La chaîne d'État revient aussi sur une collision de 2025 entre deux navires étrangers près d'Ormuz, litige de plus de 23 millions de dollars que les parties, sans lien avec la Chine, ont choisi de soumettre au tribunal maritime de Guangzhou — signe, selon CGTN, de la confiance croissante placée dans la justice maritime chinoise pour trancher des différends internationaux liés au détroit.
Cet accent économique et juridique fait écho à un enjeu plus large : la perturbation du trafic à Ormuz affecterait environ un quart du commerce mondial de conteneurs, avec des répercussions jusque dans l'industrie automobile japonaise (8,5 millions de véhicules produits en 2025). À Pékin, la lecture privilégiée reste celle du droit maritime et des flux commerciaux, plus que celle d'un affrontement stratégique entre Washington et Téhéran.
