ANGLE DOMINANT
Madrid décrypte l'investiture de Keiko Fujimori comme le retour, encadré et fragile, d'un fujimorisme qui promet la fermeté sans renier l'héritage controversé d'Alberto Fujimori
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
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Investie le 28 juillet, jour de l'indépendance du Pérou, Keiko Fujimori devient à 51 ans la première femme élue au suffrage populaire à diriger le pays (El País)
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Victoire à moins de 50 000 voix sur le candidat de gauche Roberto Sánchez, après trois candidatures présidentielles échouées (El País)
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Hausse de 15% du salaire minimum (1130 à 1300 soles) et doublement promis du programme de pensions pour personnes âgées pauvres, parallèlement à un rôle accru des militaires contre le crime organisé (HuffPost España)
ANALYSE
Madrid, 29 juillet 2026. Vingt-six ans après la démission par fax de son père depuis le Japon, Keiko Fujimori a prêté serment le 28 juillet, jour de l'indépendance péruvienne, comme présidente de la République pour la période 2026-2031. La presse espagnole, entre El País et HuffPost España, retient d'abord la portée symbolique de l'événement : à 51 ans, la dirigeante de Fuerza Popular devient la première femme élue au suffrage populaire à diriger le pays, au terme de trois candidatures présidentielles échouées et d'une victoire arrachée à moins de 50 000 voix sur le candidat de gauche Roberto Sánchez.
Madrid souligne la charge affective et politique de ce retour. Keiko Fujimori a revendiqué publiquement l'héritage de son père, Alberto Fujimori, condamné pour crimes contre l'humanité et corruption, mort libre en 2024 : « Papa, aujourd'hui le Pérou se souvient de toi », a-t-elle écrit le jour même de son investiture. El País y voit un pays « profondément polarisé », où l'arrivée au pouvoir du fujimorisme représente, pour les uns, la promesse d'une stabilité économique, pour les autres, la réouverture de blessures jamais refermées.
HuffPost España détaille le programme annoncé : discours de « mano dura » contre l'insécurité, pouvoirs législatifs demandés au Congrès, militaires en première ligne des opérations anticrime dans les zones en état d'urgence, réforme du système pénitentiaire. Sur le plan social, la nouvelle présidente a surpris en annonçant une hausse de 15 % du salaire minimum, de 1 130 à 1 300 soles, un bonus extraordinaire pour les petites entreprises, et le doublement du programme de pensions destiné aux personnes âgées pauvres.
Madrid relève enfin un engagement destiné à rassurer l'opposition : Fujimori a promis de gouverner « cinq ans, pas un an de plus », tentative explicite de dissiper les craintes d'une dérive autoritaire. Mais cette promesse coexiste, notent les deux titres espagnols, avec des manifestations tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Congrès le jour même de l'investiture, signe que la légitimité électorale ne suffit pas à apaiser une société toujours marquée par le souvenir du fujimorisme des années 1990.
