ANGLE DOMINANT
Paris mesure le pari sécuritaire de Keiko Fujimori à l'aune d'un héritage familial encore brûlant et d'un Parlement sans majorité pour le porter.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Keiko Fujimori investie le 28 juillet 2026, victoire du 7 juin avec moins de 50 000 voix d'avance sur Roberto Sanchez
- 02
Fuerza Popular ne détient que 40 sièges sur 130 au Parlement, selon l'historienne Lissell Quiroz citée par RFI
- 03
Programme sécuritaire : déploiement militaire dans les rues et prisons, expulsion des sans-papiers, tribunaux à juges anonymes (France 24)
ANALYSE
Paris, 28 juillet 2026. Keiko Fujimori a pris ses fonctions de présidente du Pérou ce mardi, quatrième tentative présidentielle et neuvième investiture en une décennie pour le pays andin. RFI rappelle qu'elle l'a emporté le 7 juin avec moins de 50 000 voix d'avance sur son rival de gauche Roberto Sanchez, à l'issue d'une campagne centrée sur la sécurité, dans un pays rongé par l'extorsion et le crime organisé. Devant le Congrès, la nouvelle présidente a promis de gouverner avec une « main de fer », reprenant le surnom de son père, « El Chino » : déploiement de l'armée dans les rues et les prisons, états d'urgence où les forces armées prendraient temporairement la tête des opérations sécuritaires « pour rendre ces territoires aux citoyens », selon France 24. Son programme prévoit aussi l'expulsion des sans-papiers, des tribunaux à juges anonymes et l'obligation pour les détenus de travailler pour se nourrir.
Les médias français soulignent la fragilité de ce mandat. Fuerza Popular, son parti, ne compte que 40 élus sur 130 à l'Assemblée, loin de la majorité. L'historienne Lissell Quiroz, spécialiste du Pérou citée par RFI, prévient que Keiko Fujimori devra « nouer des alliances » avec la droite pour faire passer ses réformes, et rappelle que la lutte contre le crime organisé exige des moyens que le pays n'a pas : « On ne peut pas mettre un policier à chaque coin de rue. »
L'ombre du père reste omniprésente : Alberto Fujimori a été emprisonné pour corruption et crimes contre l'humanité commis lors de ce qu'il présentait comme une guerre contre le terrorisme. France 24 note que des élus de gauche ont quitté la salle en signe de protestation pendant la cérémonie, tandis que plusieurs dirigeants sud-américains de droite — Javier Milei, José Antonio Kast, Rodrigo Paz, Daniel Noboa, Yamandú Orsi — y assistaient. Un observateur cité par France 24 estime qu'elle « va être une réplique » de la ligne paternelle. La presse française retient ainsi un scénario ouvert : une réponse militaire à une crise sécuritaire réelle, mais portée par une présidente minoritaire, dans un pays politiquement fracturé et hanté par le précédent des années 1990.
