ANGLE DOMINANT
Ottawa questionne la légitimité d'un scrutin où l'essentiel des candidats anti-guerre a été écarté du bulletin, pendant que Kyiv frappait Moscou de plus de 1 000 drones le jour même du vote.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Russie unie recueille 57,5 % des voix selon les résultats partiels de la Commission électorale centrale, lors du premier scrutin législatif depuis février 2022.
- 02
L'essentiel des candidats anti-guerre a été écarté du bulletin ; deux cadres du parti Yabloko ont été condamnés à de longues peines de prison avant le vote pour des propos sur le conflit.
- 03
Ukraine a tiré plus de 1 000 drones sur la Russie, dont environ 450 visant Moscou selon le maire Sergueï Sobianine, endommageant la raffinerie de Moscou et un immeuble résidentiel.
ANALYSE
Ottawa, lundi 21 septembre 2026. Le scrutin qui devait asseoir la légitimité de Vladimir Poutine s'est déroulé sous les drones. Selon les résultats partiels publiés par la Commission électorale centrale, le parti Russie unie recueille 57,5 % des voix aux élections à la Douma d'État, le premier vote législatif depuis le déclenchement de la guerre en février 2022. CBC News décrit « un système politique étroitement contrôlé que les critiques jugent incapable de tolérer une dissidence réelle » — les partis communiste, LDPR, Nouvelles Gens et Russie juste, qui votent comme la majorité sur les dossiers clés, se partagent le reste des sièges sans menacer sa domination. Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité, a salué une performance « digne », signe selon lui que les Russes confient au parti la poursuite du pouvoir.
L'essentiel des candidats opposés à la guerre a été écarté du bulletin, rapporte le Globe and Mail. Ceux du parti libéral Yabloko ont dit craindre pour leur liberté après que des tribunaux ont infligé de longues peines à deux de leurs cadres pour des propos sur le conflit, avant même l'ouverture des urnes. Des cyberattaques contre le système de vote ont été signalées dès samedi ; le vote a aussi eu lieu dans quatre régions ukrainiennes annexées et en Crimée, un geste que Kyiv qualifie d'illégal. La participation dépassait 50 % en début d'après-midi à Moscou, selon Interfax citant la Commission électorale.
Le dernier jour du scrutin, l'Ukraine a lancé plus de 1 000 drones sur la Russie, dont environ 450 visant Moscou selon le maire Sergueï Sobianine, qui a parlé de la « plus grande » attaque jamais menée contre la capitale et l'a présentée comme une tentative manquée de perturber le vote. Le ministère russe de la Défense affirme avoir abattu 1 100 drones à travers le pays, jusqu'en Crimée annexée et sur la mer Noire. La raffinerie de Moscou et un immeuble résidentiel ont été endommagés. Les bilans varient d'une source à l'autre : CBC News fait état de trois morts dans la région de Moscou et deux autres dans la partie occupée de Kherson, dont un responsable électoral ; le Globe and Mail parle de deux morts côté moscovite. Le gouverneur régional Andreï Vorobiov évoque deux morts — un homme de 74 ans, une femme de 44 ans — et vingt blessés.
Pour la presse canadienne, l'image qui domine n'est pas celle d'une victoire électorale, mais celle d'un pouvoir qui verrouille son Parlement pendant que la guerre qu'il a choisie frappe sa propre capitale.
