ANGLE DOMINANT
Canberra pèse les risques de prolifération que fait courir l'accord nucléaire américano-saoudien, signé sans les garanties habituelles de l'AIEA en pleine guerre contre le programme iranien.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
L'accord « 123 » signé par Chris Wright et le prince Abdulaziz bin Salman doit durer trente ans et sera soumis au Congrès américain pour examen.
- 02
Contrairement à l'accord de 2009 avec les Émirats arabes unis, Riyad n'a pas renoncé à l'enrichissement d'uranium ni au retraitement des déchets nucléaires.
- 03
L'accord ne comprend pas le Protocole additionnel de l'AIEA, qui permettrait des inspections renforcées et impromptues des installations saoudiennes.
ANALYSE
Canberra, 23 juillet 2026. L'annonce d'un accord nucléaire civil entre Washington et Riyad, confirmée jeudi par le département américain de l'Énergie, est relayée avec prudence par la presse australienne, qui y voit un tournant potentiellement lourd de conséquences pour la stabilité du Golfe. Selon le Sydney Morning Herald et The Age, le président Donald Trump a validé un pacte pouvant offrir à l'Arabie saoudite la capacité d'enrichir de l'uranium pour son programme civil, un dossier qui traînait depuis les administrations Trump I et Biden. L'accord, dit « 123 », a été signé par le secrétaire américain à l'Énergie Chris Wright et le prince Abdulaziz bin Salman, ministre saoudien de l'Énergie, accompagné d'un accord bilatéral de garanties. Il doit durer trente ans, associer des entreprises américaines au développement du programme, et sera transmis au Congrès pour examen.
Ce qui alarme les correspondants d'ABC News, c'est l'absence du Protocole additionnel de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui permettrait des inspections renforcées et impromptues. Contrairement à l'accord signé par les Émirats arabes unis en 2009, Riyad n'a pas renoncé à l'enrichissement ni au retraitement des déchets nucléaires, deux voies techniques vers l'arme atomique. Des élus américains et des responsables israéliens ont déjà fait savoir leur opposition, craignant une nouvelle course régionale à la prolifération.
La presse australienne relie l'annonce au contexte plus large de la guerre menée par Washington et Israël contre le programme nucléaire iranien, destinée en partie à empêcher Téhéran d'obtenir l'arme atomique. Le paradoxe n'échappe pas aux observateurs : au moment même où les États-Unis bombardent les sites d'enrichissement iraniens, dont le site souterrain de Pickaxe Mountain près de Natanz, ils ouvrent la voie à un programme d'enrichissement saoudien dépourvu des garanties habituelles. Ni la Maison-Blanche ni Riyad n'ont répondu aux demandes de commentaires rapportées par les médias australiens.
Pour Canberra, membre engagé du régime de non-prolifération et partenaire du pacte AUKUS, la question dépasse la seule diplomatie du Golfe : elle touche à la crédibilité des normes internationales que l'Australie défend dans le cadre de son propre partenariat nucléaire naval avec Washington et Londres.
