Donald Trump a annoncé son intention de s'entretenir directement avec le président taïwanais Lai Ching-te. Un tel échange serait le premier contact direct entre un président américain et un dirigeant taïwanais depuis le transfert de la reconnaissance diplomatique de Washington vers Pékin en 1979, soit une rupture protocolaire de quarante-sept ans dans le cadre de la politique d'une seule Chine que les États-Unis maintiennent formellement.
L'annonce intervient juste après un sommet entre Trump et Xi Jinping qui avait semblé amorcer un rapprochement commercial et diplomatique sino-américain, rendant le signal d'un appel à Taipei difficile à interpréter. En parallèle, l'administration a approuvé une vente d'armements à Taïwan pouvant atteindre 14 milliards de dollars, dont la confirmation finale reste suspendue, tandis que le parlement taïwanais a validé 25 milliards de dollars d'acquisitions militaires auprès des États-Unis.
L'enjeu dépasse le seul détroit. Taïwan est le quatrième partenaire commercial des États-Unis et un fournisseur central de semi-conducteurs avancés, structurels pour l'économie mondiale. Lors du deuxième anniversaire de son investiture, Lai a déclaré que l'avenir de l'île ne peut être décidé par des forces étrangères et réaffirmé l'objectif de maintien du statu quo. Pékin, de son côté, considère Taïwan comme un territoire non négociable.
Plusieurs incertitudes demeurent. Trump a qualifié la vente d'armes de « bon outil de négociation » et employé le terme de « problème » pour désigner la question taïwanaise. Certains acteurs y voient une ambiguïté délibérée mais gérable, d'autres une incohérence qui fragilise la crédibilité de l'engagement américain. Le degré d'autonomie réelle de Taïwan dans cette équation et la trajectoire effective de Washington restent disputés.