ANGLE DOMINANT
Doha mesure le retrait américain d'Irak à l'aune de l'équilibre régional : Gulf Times y voit une ouverture stratégique offerte à l'Iran, Al Jazeera doute d'un désarmement des milices qui ne serait que de façade.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Gulf Times : les forces américaines quittent leurs dernières bases irakiennes d'ici mercredi, dans un pays où 4 500 Américains sont morts en plus de vingt ans de guerre.
- 02
Abu Mojtaba al-Yasiri, commandant de la Résistance islamique en Irak, parle d'une « victoire historique » ; des responsables irakiens craignent un retour de l'État islamique.
- 03
Al Jazeera montre le retrait complet des soldats américains de la base de Bagdad le 29 septembre 2026, fin d'une présence née de l'invasion de 2003.
ANALYSE
Doha, 30 septembre 2026. Les médias qataris couvrent le retrait américain d'Irak comme un déplacement des rapports de force régionaux plus que comme un simple calendrier militaire. Gulf Times, reprenant une dépêche Reuters, écrit que les forces américaines quittent leurs dernières bases d'ici mercredi, « a departure celebrated as a victory by Iran and its allies », dans un pays où 4 500 Américains sont morts au cours de plus de vingt ans de guerre. Le texte souligne le paradoxe d'un retrait convenu en 2024 sous Joe Biden, exécuté par l'administration de Donald Trump alors que Washington est en guerre contre l'Iran.
Le journal donne la parole à Jasim al-Bahadli, analyste irakien des groupes armés chiites, pour qui l'Iran « stands to benefit strategically » d'un départ qui supprime un contrepoids de longue date à l'influence de Téhéran. Abu Mojtaba al-Yasiri, commandant de la Résistance islamique en Irak, qualifie le retrait de « victoire historique » et de « défaite écrasante du projet américain ». Des responsables irakiens de la sécurité redoutent en outre que le vide laissé ne permette un retour de l'État islamique.
Al Jazeera diffuse de son côté un reportage vidéo de Bagdad daté du 29 septembre : les soldats américains ont quitté entièrement la base de la capitale, des avions militaires décollant de la ville, ce qui met fin à une présence née de l'invasion de 2003 contre Saddam Hussein.
La version arabe d'Al Jazeera publie une tribune plus critique. Elle présente le 30 septembre 2026 comme un « point de tournant décisif » et affirme que la coïncidence entre retrait et désarmement des milices n'est pas fortuite : le gouvernement du Premier ministre Ali al-Zaidi chercherait à répondre aux exigences américaines visant les alliés de l'Iran, comme celles adressées au Liban et à la Syrie. L'auteur rappelle que ces factions, forgées dans la lutte contre l'État islamique, disposent d'une reconnaissance officielle et d'un budget distinct du ministère de la Défense, et juge difficile de leur retirer cette légitimité.
Le titre même de la tribune parle d'un « désarmement de façade » permettant à Téhéran de conserver une influence discrète sous couvert de l'État irakien. La couverture qatarie articule ainsi trois éléments : la victoire proclamée par les factions pro-iraniennes, le risque sécuritaire pour Bagdad et le scepticisme sur les promesses de souveraineté.
