ANGLE DOMINANT
Ankara mesure le retrait américain d'Irak à l'aune du vide stratégique qu'il laisse à Téhéran, et de la question posée par la presse turque : fin de mission ou simple redéploiement ?
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Les dernières forces américaines doivent avoir quitté leurs bases en Irak au plus tard mercredi 30 septembre, selon un accord conclu en 2024 sous Joe Biden et appliqué par l'administration Trump (Daily Sabah).
- 02
Le commandant Abu Mojtaba al-Yasiri, de la Résistance islamique en Irak, qualifie le retrait de « victoire historique » (Daily Sabah, citant Reuters).
- 03
Les autorités irakiennes qualifient le 30 septembre de « date ferme et définitive », tandis que le débat se poursuit sur la présence américaine au Kurdistan irakien et autour des sites diplomatiques (BBC Türkçe).
ANALYSE
Ankara, 30 septembre 2026. Les forces américaines doivent quitter leurs dernières bases en Irak au plus tard ce mercredi 30 septembre. Daily Sabah, quotidien proche du pouvoir, titre sur un retrait qui laisse « un vide pour l'Iran » après deux décennies de présence. Le journal rappelle que l'accord date de 2024, sous Joe Biden, et qu'il est mené à terme par l'administration Trump « même alors qu'elle mène la guerre contre l'Iran ».
Le quotidien met en avant la lecture iranienne : le départ est célébré comme une victoire par Téhéran et ses alliés, qui disposent d'une influence profonde dans un pays où 4 500 Américains sont morts. Jasim al-Bahadli, analyste irakien de la sécurité, estime que l'Iran en tire un bénéfice stratégique, car la coalition constituait depuis des années un contrepoids. Abu Mojtaba al-Yasiri, commandant de la Résistance islamique en Irak, parle d'une « victoire historique » et d'une « défaite écrasante du projet américain », et annonce que le 30 septembre sera célébré comme « une page noire tournée ». Selon le quotidien, ce retrait pourrait aussi permettre à d'autres ennemis des États-Unis, dont Daech, de revenir.
BBC Türkçe, à partir d'une analyse de BBC Monitoring, pose une autre question : ce départ marque-t-il la fin d'une mission ou un redéploiement stratégique ? Le texte rappelle que la mission lancée après la prise de larges zones d'Irak par l'EI en 2014 s'achève, et que les troupes américaines s'étaient déjà retirées en 2011, huit ans après le renversement de Saddam Hussein. Les deux gouvernements affirment que le calendrier est respecté. Washington réitère son attachement à l'échéance du 30 septembre, et des responsables irakiens la qualifient de « date ferme et définitive », en disant que le 1er octobre sera « un jour nouveau dans la trajectoire du pays ».
La BBC signale néanmoins que le débat se poursuit sur l'avenir de la présence militaire américaine en Irak et dans la région du Kurdistan, ainsi que sur le rôle que des forces américaines pourraient garder dans la protection des sites diplomatiques. Le cadrage turc reste donc celui d'un rééquilibrage régional, où l'Iran apparaît comme le premier bénéficiaire, et où la sécurité de Bagdad face à Daech est une inquiétude secondaire mais réelle.
