ANGLE DOMINANT
Paris dissèque le paradoxe Zhu Rongji : purgé sous Mao, devenu l'architecte impitoyable des privatisations qui ont fait entrer la Chine dans l'économie mondiale.
Angle dominant identifié — ne reflète pas l’unanimité des médias de ce pays
POINTS CLES
- 01
Purgé deux fois sous Mao Zedong — pendant la « Campagne des cent fleurs » puis durant la Révolution culturelle — avant d'être réhabilité en 1976 (BFM Business)
- 02
Artisan de l'entrée de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce en 2001, aboutissement de quinze années de négociations (Le Monde)
- 03
Ses réformes ont supprimé « des dizaines de millions d'emplois » et « accentué les inégalités », selon Le Monde ; mort le 12 août à Pékin à 97 ans selon la presse française, 98 ans selon Xinhua
ANALYSE
Paris, 14 août 2026. La presse française retient de Zhu Rongji un contraste vertigineux : l'homme purgé deux fois sous Mao Zedong, d'abord pendant la « Campagne des cent fleurs » puis exilé à la campagne durant la Révolution culturelle, devenu l'architecte le plus brutal des réformes économiques chinoises. BFM Business résume l'homme en une formule : « purgé sous Mao, ennemi de la corruption, défenseur d'un capitalisme débridé », celui qui « a privatisé la Chine ». Né en 1928 à Changsha, où la rumeur le disait descendant de la dynastie Ming, il adhère au Parti communiste en 1949. Réhabilité après la mort de Mao en 1976, il travaille au ministère du Pétrole puis à la Commission économique d'État, avant d'être repéré par Deng Xiaoping. Maire de Shanghai à partir de 1988, il pousse déjà les entreprises d'État à « nager par elles-mêmes dans les marchés ». Nommé vice-Premier ministre en 1991 puis chef du gouvernement de 1998 à 2003 sous la présidence de Jiang Zemin, il hérite du surnom de « Gorbatchev chinois ».
Le Monde retient surtout son bilan international : l'entrée de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce en 2001, aboutissement de quinze années de négociations, et une gestion jugée efficace de la crise financière asiatique de 1997. Le quotidien salue un homme qui a « sorti des millions de personnes de la pauvreté », sans éluder le coût social : ses réformes ont supprimé « des dizaines de millions d'emplois » et « accentué les inégalités » du pays. Xinhua, citée par Le Monde, annonce sa mort « des suites d'une maladie », mercredi 12 août à Pékin, à l'âge de 97 ans — le chiffre retenu par la presse française, quand les agences officielles chinoises évoquent 98 ans. « Son décès constitue une perte immense pour le parti et pour le pays », rapporte l'agence officielle, qui salue un « combattant communiste loyal ». La nouvelle a occupé la troisième place du journal télévisé du soir en Chine et dominé les réseaux sociaux du pays.
Le Monde note enfin que la doctrine économique de Zhu Rongji, qui a « sorti des millions de personnes de la pauvreté tout en accentuant les inégalités », est « passée de mode » depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, davantage enclin à condamner le capitalisme débridé qu'à le célébrer — une manière, en creux, de mesurer la distance parcourue par Pékin en deux décennies.
